Matthieu Piron élève depuis treize ans quelque 400 bisons, à Rocles, dans la région du Bourbonnais (Allier). « J’ai toujours été intéressé par l’élevage. Après plusieurs années comme salarié dans le machinisme agricole, j’ai cherché une production qui me permettait de travailler en circuit court, sans intermédiaire entre moi et le consommateur, explique l’éleveur, ingénieur en agriculture.
Je souhaitais une production qui ne soit pas commune mais dont la qualité était reconnue. Or, difficile d’imaginer faire mieux que les éleveurs déjà installés de notre région pour me différencier, que ce soit en bovins viande, en moutons ou en volailles. »
Riche en fer et oméga 3
D’où l’idée du bison d’Amérique, sachant que le bison d’Europe est une espèce protégée qu’il est interdit d’élever. « Nous sommes dans une zone herbagère qu’il peut bien valoriser. Sa viande, très peu grasse, et donc riche en protéines, est aussi reconnue pour son taux de fer et sa teneur élevée en oméga 3.
Or, la France importe plus de 90 % de sa consommation, principalement d’Amérique du Nord. » Avant même de trouver une ferme pour s’installer avec son épouse, il visite en 2011, l’élevage de Jean-François d’Hoffschmidt à Recogne (Belgique). Ce dernier a été, avec son épouse, Yolande, parmi les tous premiers européens à importer des bisons des plaines américaines en 1992.
Cent femelles et six mâles reproducteurs
L’Europe ayant interdit les importations d’animaux en provenance des États-Unis depuis 2003 pour des questions sanitaires, la génétique disponible en Europe remonte d’ailleurs principalement à ce premier noyau.

À l’époque où Matthieu et son épouse visitent l’élevage belge, il est coupé de quasiment 60 % de la surface qu’il exploitait, le propriétaire des terres ne souhaitant pas renouveler le fermage. « C’est arrivé au bon moment pour nous car Jean-François cherchait où placer ses animaux. Nous nous sommes finalement associés pour créer la Ferme des bisons d’Auvergne », se rappelle le producteur.
Le site compte 230 ha quasiment continus. Un pool d’investisseurs a acquis les terres que Matthieu et son épouse louent. L’élevage des bisons d’Auvergne a commencé en 2012 avec une vingtaine de femelles et en compte désormais une centaine, plus six mâles reproducteurs.
Essentiellement nourris au pâturage
L’élevage à l’herbe est extensif, les animaux restant dehors toute l’année. Ils sont donc nourris essentiellement au pâturage, avec des compléments issus de la production de la ferme (céréales) lors des étés qui peuvent être très secs dans la région, et en hiver. La croissance étant moins rapide qu'en bovin, l'abattage a lieu vers 36 mois.
Il existe actuellement une quinzaine d’éleveurs en France, pour un cheptel total d’environ 1 500 animaux. Matthieu Piron en commercialise environ 80 par an, à raison de 200 kg de viande par animal, qu’il propose en viande fraîche conditionnée sous vide, en frais ou en surgelés et en produits transformés : saucisson, viande séchée, terrines, plats cuisinés…

« L’une des particularités du marché de la viande de bison est sa saisonnalité, le consommateur français achetant surtout à Noël. D’où la diversification de notre gamme vers la charcuterie », explique l’éleveur.
Un abattoir à la ferme
La ferme est proche de Bourbon-l’Archambaut, dont l’abattoir prenait en charge ses animaux. Mais sa fermeture plonge Matthieu dans de nouveaux soucis car les quatre abattoirs qui opèrent dans un rayon de 60 km autour de la ferme refusent de prendre en charge des animaux « hors standard » comme les siens.
Il se retrouve donc obligé de parcourir 250 km pour rejoindre l’abattoir de Bourg-en-Bresse. « Nous sommes donc en train de construire notre propre abattoir à la ferme car la loi française nous le permet désormais. Il est en effet considéré comme la continuité de mon exploitation », précise l'éleveur, qui emploie déjà depuis plusieurs années un boucher salarié.