Mars 2015. Fatigué de voir s’enchaîner les problèmes sanitaires dans son élevage, Pierre-Yves Roy réalise des profils métaboliques sur son troupeau. Les résultats alertent. « Tout était en rouge ! », se souvient l’éleveur de 60 mères charolaises à Guillon-Terre-Plaine (Yonne).
Une cure annuelle par voie orale lui a alors permis de stabiliser les taux en oligo-éléments. « Mais depuis le changement de réglementation en 2022, nous n’arrivons plus à maintenir les taux, s’inquiète l’éleveur. En 2024 nous n’avions plus de marge de sécurité, et cela malgré une cure d’oligo-éléments. »
Changement de réglementation
Ces restrictions réglementaires, Alice Nothhelfer, vétérinaire et consultante en nutrition des bovins, suit leurs potentielles conséquences de très près. « Les apports ont été divisés par quatre dans les compléments oraux, souligne-t-elle.
Cela ne suffit plus à relever les stocks d’oligo-éléments des animaux, et d’année en année, les carences empirent. L’impact de ces mesures commence à se sentir dans les troupeaux depuis l’année dernière. » L’alimentation au pâturage ne couvre que 50 % des besoins en cuivre d’une vache, 5 à 10 % de ses besoins en sélénium, et 20 % pour l’iode.
Si les cures ne compensent plus les besoins avant la rentrée en bâtiment, la mise à l’herbe au printemps se fait sur des bases déjà trop faibles. Et ces carences ont un fort impact sur plusieurs aspects de la production. Mortalité, échecs vaccinaux, difficultés à la reproduction…
« Le risque de mortalité périnatale des veaux est multiplié par 30 si la mère est carencée en sélénium, chiffre Alice Nothhelfer. Ce n’est pas anecdotique ! » En moyenne, 60 % des troupeaux allaitants sont carencés en sélénium, dont un tiers à un stade critique. À cela s’ajoute une immunité moins performante (lire l’encadré).
1 ml pour 50 kg, huit jours après la naissance
Pierre-Yves a désormais recours à des injections d’oligo-éléments, 100 % absorbables et disponibles immédiatement pour l’animal. « C’est instantané. J’administre 1 ml pour 50 kg à mes veaux, huit jours après la naissance, explique l’éleveur. Depuis que je l’utilise, sur 60 vêlages, je n’ai plus aucun veau malade. »
Selon Pierre-Yves, ce médicament (Multimin) est indispensable pour accompagner la vaccination de ses petites bêtes. « Entre les vaccinations de la FCO 3, 4, 8, de la MHE, et tous les rappels, les animaux puisent fortement dans leurs réserves pour la réaction immunitaire… Et je ne peux pas me permettre d’avoir des échecs vaccinaux, vu le contexte sanitaire des dernières années. »
Renforcer le système immunitaire
En 2023-2024, Pierre-Yves a appliqué le médicament aux veaux à la naissance. L’année suivante, aux mères également. Pour cette campagne 2025-2026, il prévoit d’administrer les oligo-éléments aux mères (30 jours avant le vêlage, et 30 jours post-partum lors des rappels vaccinaux), les génisses avant la mise à la reproduction, ainsi que les veaux pendant la vaccination, 30 jours avant la mise à l’herbe et au sevrage.
« J’ai moins réformé cette année, et j’ai amélioré le taux à la première insémination artificielle, appuie l’éleveur. Pour un coût à 1 € par ml, cela vaut le coup d’assurer une bonne immunité. »