« Il est possible de réduire le travail du sol en bio, souligne Thierry Métivier, conseiller en agriculture biologique des chambres d’agriculture de la Normandie. Pour autant, un passage de charrue occasionnel peut s’avérer pertinent pour gérer le salissement. »
Dans le cadre du programme Reine Mathilde, des essais comparant des pratiques avec et sans labour ont été menés de 2019 à 2024. Mis en œuvre à Tracy-Bocage (Calvados) dans des limons sablo-argileux profonds arrosés d’environ 800 mm par an, le dispositif incluait une rotation typée cultures (1) et une autre avec du maïs ensilage (2).
De bons résultats en labour la première année
Chacune démarrait par la destruction d’une prairie temporaire. En travail simplifié, celle-ci était réalisée avec un passage de rototiller en été, puis une interculture étouffante, ensuite détruite par un déchaumeur à pattes d’oie. Dans les deux itinéraires, le semis de la culture était combiné avec une herse rotative à axe vertical.
Dans l’essai, le travail superficiel du sol a apporté une meilleure stabilité structurale et une biomasse microbienne plus importante. D’un point de vue économique et temps de travail, la première année donne de meilleurs résultats en labour.
Diversifier la rotation
En revanche, les marges semi-nettes (3) des deuxième et troisième années sont plus élevées dans l’autre itinéraire technique. Mais cet avantage disparaît ensuite du fait de l’impact du salissement sur les rendements.
Parmi les clés pour se passer de la charrue, la diversification de la rotation apparaît déterminante en veillant notamment à alterner cultures d'automne et de printemps. Thierry Métivier constate : « Les deux années consécutives de la rotation avec méteil et maïs ont abouti à favoriser les mêmes adventices. »
Il observe également que l’introduction d’une couverture estivale limite les capacités à traiter les vivaces, tels que les chardons.
Des semis plus denses recommandés
Par ailleurs, les cultures étaient visuellement plus vigoureuses les premières années en non-labour. En revanche, les levées étaient moins nombreuses. L’expert recommande de ce fait des semis plus denses, quelle que soit la culture.
Par ailleurs, Thierry Métivier invite à éviter toute implantation dans une terre insuffisamment ressuyée à l’automne en travail du sol simplifié. Il juge dans ce cas préférable de reporter la mise en place au printemps.
Autre enseignement des essais : la destruction de la prairie est conseillée en été avec un outil scalpant en surface avant la mise en place d’un couvert étouffant.
(1) Prairie 2 ans, blé, maïs grain, mélanges triticale-féverole, orge pois d’hiver, orge de printemps, blé.
(2) Prairie 2 ans, méteil ensilé suivi d’un maïs ensilage pendant 2 ans, mélange orge-pois d’hiver, mélange épeautre-féverole.
(3) Produit de la culture duquel sont soustraites les charges d’intrants, incluant mécanisation et main-d’œuvre.