« Depuis des années le Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia) tire la sonnette d’alarme sur la situation des productions animales. On assiste à une lente décapitalisation de l’élevage. Or s’il n’y a pas élevage, il n’y a pas de fabricant d’aliment », déclare Stéphane Radet, directeur du Snia, à La France Agricole le 24 février 2026 au Salon de l'Agriculture.
Ainsi, à l’occasion des conférences sur la souveraineté alimentaire, les différentes filières de production animale ont présenté leurs objectifs sur dix ans afin de redéployer l’élevage et couvrir la hausse de la demande de viande blanche sur le territoire. Aujourd’hui, l’enjeu du secteur de la nutrition animale est d’augmenter sa production pour combler les futurs besoins de l’élevage.
150 millions d’euros d’investissements supplémentaires
Le Snia a « traduit les enjeux de souveraineté des productions animales en besoin en aliments puis en besoin en matières premières », affirme Stéphane Radet. La production du secteur doit croître de 1,2 % par an jusqu’en 2030 pour atteindre 20,8 millions de tonnes d’aliments composés, soit environ un million de tonnes de plus qu’aujourd’hui, chiffre le Snia dans un communiqué du 23 février 2026. En ajoutant les matières premières destinées à l’autoconsommation et à la fabrication d’aliments à la ferme (FAF), cela représente environ 30 millions de tonnes de matières premières nécessaires à l’horizon 2030-2035.
Cette progression suppose des investissements supplémentaires de 150 millions d’euros sur cinq ans, en plus des 180 millions investis chaque année. L’objectif est de moderniser les 287 usines de transformation françaises et de créer de nouvelles lignes de production. Cela participera également à augmenter la compétitivité et l’attractivité de la filière dans un contexte où le syndicat estime qu’il faut « 300 emplois par an pour pouvoir maintenir l’activité ».
Quatre demandes pour assurer la souveraineté alimentaire
Pour garantir cette montée en production, le Snia formule quatre grandes demandes à l’État, portées dans le cadre des conférences sur les souverainetés.
La première vise à simplifier le cadre réglementaire afin d’inciter à la production agricole et au développement des entreprises de transformation d'aliments à destination des animaux . L’objectif est de réduire les contraintes qui pèsent sur ces deux secteurs et d’évaluer périodiquement les textes réglementaires et législatifs au regard de l’objectif de souveraineté.
La deuxième demande concerne les protéines végétales, les vitamines et les acides aminés. Le syndicat identifie deux faiblesses majeures pour la souveraineté : le manque de protéines végétales produites en France et la forte dépendance aux additifs et acides aminés importés d’Asie, notamment de Chine. Pour cela, le syndicat appelle à soutenir la production de protéines compétitives en renforçant le « plan protéine » en France et en Europe, ainsi que la mise en place d’une politique industrielle pour produire sur le territoire des vitamines et acides aminés, limitant ainsi la concurrence des pays non européens.
Pour accroître la compétitivité, le Snia réclame également un allégement des règles de circulation des camions d’aliments pour animaux, afin qu’ils puissent rouler les jours de restrictions. Il demande aussi à relever le poids total autorisé à 35 tonnes, contre 32 aujourd’hui et d’autoriser la circulation des camions de 44 tonnes transfrontaliers au moins pour les « dessertes locales » entre pays voisins.
En parallèle, le syndicat souhaite la normalisation, a minima au niveau européen, du calcul des valeurs « carbone » afin que ce ne soit pas « une source de distorsion de concurrence entre États membres le jour où il faudra étiqueter un produit sur la base de sa performance environnementale », explique le directeur du syndicat.
Pour encourager les investissements, le Snia défend également un dispositif de suramortissement fiscal permettant aux usines de déduire fiscalement une part plus importante de leurs coûts d’investissement, afin de réduire le coût net « sans modifier le résultat comptable ». Une mesure présentée comme un levier pour améliorer la rentabilité après impôt des projets d’investissement et inciter les usines à se moderniser.
Pour l’heure, le gouvernement poursuit ses conférences dans le cadre de la souveraineté alimentaire, et se prononcera à l’issue de ses enquêtes.