En Bretagne, l’herbe disparaît peu à peu du paysage agricole. Selon une étude de la Draaf (données : Agreste) publiée en octobre 2025, la région a perdu 6,5 % de ses prairies permanentes (1) entre 2010 et 2024, soit près de 26 000 hectares. Le mouvement s’accélère : sur les quatre dernières années, la baisse atteint 5,3 %, un rythme deux fois plus rapide qu’à l’échelle nationale.
En 2024, les surfaces toujours en herbe ne couvrent plus que 371 000 hectares, soit 13,5 % du territoire breton, contre 19 % en moyenne en France. Cette part varie de 14,4 % dans le Finistère pour tomber à 12,4 %, dans les Côtes-d’Armor.
Décapitalisation des cheptels
Le recul des prairies permanentes est à mettre en parallèle avec celui du cheptel bovin (–2,6 % par an depuis 2019) et la disparition continue d’exploitations. Lors des reprises d’exploitation, les prairies sont souvent retournées pour être mises en culture, majoritairement en maïs. Entre 2022 et 2023, 21 700 hectares ont ainsi été remis en culture, contre 18 000 hectares devenus prairies permanentes, soit un déficit de 3 700 hectares.
L’agrandissement des exploitations laitières accentue cette tendance. Les parcelles éloignées des bâtiments sont plus facilement converties en maïs, car difficilement pâturables. L’enquête souligne que dans les élevages avec de grands troupeaux, la place de l’herbe se réduit : il y a en moyenne 1,8 hectare de prairie pour 1 hectare de fourrages annuels dans les exploitations ayant 45 vaches laitières, alors qu’il y a autant de fourrages annuels que de prairies dans celles en comptant 140.
Plus la taille du troupeau augmente, moins les prairies permanentes sont valorisées, remplacées par d’autres cultures fourragères. En Bretagne, les prairies temporaires et le maïs occupent une place bien plus importante que dans le reste de la France. Le recours à des rotations de prairies y est également plus fréquent.
Cette évolution n’est pas sans conséquence. L’étude rappelle que les prairies jouent un rôle majeur de stockage du carbone, de filtration de l’eau et d’abri pour la biodiversité. Dans les exploitations agricoles, trois quarts des prairies permanentes sont pâturées, au moins une partie de l’année. Le reste est fauché. Leur recul fragilise aussi l’autonomie fourragère et l’équilibre bocager. Pour la Draaf, le maintien d’un élevage herbager diversifié devient désormais un enjeu stratégique.
(1) Espaces en herbe naturels ou semés depuis six ans ou plus.