« Seul, on reste dans son confort, avoue Daniel Petitjean, éleveur laitier en Gaec avec son frère à Pollionay (Rhône). À plusieurs, on tente des choses ! » Pour se lancer, quoi de mieux qu’un groupe soudé depuis trente ans autour du partage de matériels ? La Cuma de Pollionay — 45 adhérents dont une majorité d’élevages laitiers — a d’abord porté de 2016 à 2022 un GIEE centré sur la sécurisation des systèmes fourragers et l’autonomie protéique.

Du foin de haute qualité

Ce travail a débouché sur la mise en route d’un outil de séchage en grange collectif en 2023. En partageant l’investissement et les risques, chacun a pu bouger les curseurs de sa conduite fourragère sans la bouleverser. À l’image des frères Petitjean qui produisent 300 000 litres de lait sur 90 hectares, la plupart des exploitations étaient en système herbe maïs et prévoyaient de le rester. Mais le changement climatique menaçait cet équilibre.

« Chez nous, les sécheresses nous poussaient à privilégier le maïs, donc à donner davantage de tourteaux ainsi que de la luzerne déshydratée espagnole pour faire ruminer, retrace Daniel Petitjean. Pour améliorer nos prairies, nous avons testé des mélanges suisses et de la luzerne, qui permettent grâce au séchage en grange de faire du foin de haute qualité. »

« La part de maïs est passée de deux tiers à un tiers de la ration, pour un tiers d’ensilage d’herbe et un tiers de foin séché en grange, ajoute Daniel Petitjean. Nous n’importons plus de luzerne, et avons réduit les achats de tourteau et l’utilisation de phytos et d’engrais. Nos produits sont stables et nos charges ont baissé. Depuis le changement de ration, il n’y a plus de problème de reproduction. »

Chez certains adhérents, les changements sont minimes : « Nous donnons 2 kg de foin par jour pour concentrer la ration et économiser un peu de tourteau », indique Florent Bouchard.

À l’inverse, Jean-Baptiste Coquard, qui fait du fromage fermier, nourrit ses chèvres exclusivement avec ce foin de haute qualité. « J’ai adhéré à la Cuma pour le séchoir, témoigne ce jeune installé. Le groupe fonctionne bien car chacun est responsable et donne un peu de son temps, sans qu’il y ait eu besoin de mettre en place une banque de travail. »

Une organisation bien rodée

Le séchoir fonctionne à 85 % de sa capacité de 450 t. Difficile de faire mieux. Pour des questions d’organisation, tous travaillent sur les mêmes fenêtres météo, le foin n’est rentré qu’après 14 h pour être assez sec, et un voyage jusqu’au séchoir prend en moyenne une heure. Toutefois, « les chantiers sont plus rapides en Cuma grâce à l’entraide et au parc matériel performant », estime Daniel Petitjean.

« Le partage du séchoir est possible parce que la plupart d’entre nous ne sèche qu’une petite partie de son fourrage, ce qui étale les besoins sur l’année, pointe Florent Bouchard. Ceux qui n’ont pas d’irrigation sont prioritaires pour sécher leur première coupe. »

Une organisation pour que chacun récupère le fourrage qui lui appartient

Le remplissage se fait couche par couche, en notant le nom de l’adhérent dans un tableau, afin que chacun récupère le fourrage qui lui appartient. À l’entrée du séchoir, le foin est pesé et son taux d’humidité mesuré : il ne peut excéder 60 %. « Vu son coût, le séchage, même avec déshumidificateur, n’est pas là pour sauver du foin gâté mais pour faire de l’excellent foin », insiste Florent.

Le déshumidificateur fait gagner du temps de séchage, mais sa mise en route fait grimper la facture d’électricité. Celle-ci ayant augmenté l’an dernier, le coût de la prestation est passé de 100 à 110 €/t, de la sortie du champ au pressage en botte carrée, hors main-d’œuvre car chacun donne de son temps. Le contrat d’électricité offrant des tarifs plus avantageux l’été, les dernières coupes sont rentrées avant la mi-octobre. Cela pourra évoluer si le climat futur favorise le foin d’automne.