Le téléphone n’a jamais autant sonné chez Aurore et Jean-Pierre Alaux. Les époux à la tête de 70 limousines en système veau sous la mère, à Sébrazac dans l’Aveyron, ont posé des colliers sur leurs génisses au pâturage et cela intrigue les voisins. Les animaux, neuf génisses et une vache, sont bien dans leur pâture, alors que la barrière reste grande ouverte. Depuis le mois de novembre, date à laquelle les femelles sont entrées dans la parcelle, aucune ne s’est aventurée hors de la limite, au grand étonnement des riverains et pour le bonheur des époux.
« Nos génisses se sont très vite habituées aux colliers de clôture virtuelle que nous venons d’acheter, indiquent Aurore et Jean-Pierre. Nous traçons les limites des parcelles sur notre logiciel ou sur l’appli fournis avec l’équipement. » Grâce à leur collier, les animaux sont géolocalisés. Chaque fois qu’ils approchent de la limite virtuelle, l’appareil déclenche un bruit (sifflement). Ce dernier s’intensifie à mesure que l'animal se rapproche de la limite. Il reçoit une décharge électrique (0,22 joule) qui le fait reculer s’il touche cette « frontière ». « Si jamais l’animal la traverse, il ne sera pas soumis à une nouvelle décharge électrique lorsqu’il repassera la ligne en sens inverse pour retrouver ses congénères », précise l’exploitant. Une notification sur l’application du téléphone est également envoyée aux exploitants, pour signaler l’incident.
Les associés n’ont pas rencontré de difficultés pour prendre l’outil en main. « J’avais la possibilité de renvoyer l’ensemble du matériel au bout d’un mois si mes animaux ne s’habituaient pas, ajoute Jean-Pierre. Non seulement, nous allons le conserver, mais nous allons sûrement en commander d’autres pour équiper les vaches d’ici au printemps. »
Un entretien pénible des clôtures
La pose et l’entretien des clôtures sont un travail pénible et gourmand en temps. Avec 140 hectares en zone de montagne, la tâche occupe toutes les journées d’hiver du couple. Souffrant d’une hernie discale, Jean-Pierre a beaucoup de difficultés pour accomplir ces travaux. « Planter des piquets dans les pentes est difficile et démoralisant, car nous sommes actuellement en train de refaire les lignes que j’ai mises en place il y a vingt ans. Les clôtures électriques ne nous apportent pas de solutions satisfaisantes dans la mesure ou le passage du rotofil est tout aussi pénible pendant la période de pâturage. »
Ces lourdes contraintes ont poussé Jean-Pierre à scruter les sites des fournisseurs internationaux proposant des colliers de pâturage virtuel. « J’ai pu échanger en français avec Digitanimal qui nous a proposé de débuter avec dix colliers pour nous familiariser avec l’outil », explique-t-il. Les premiers tests se sont déroulés dans la parcelle attenante à la stabulation. Les animaux ont été surpris pendant quelques minutes par le poids du collier (2,6 kg environ), mais ils s’adaptent rapidement. « C’est un poids inférieur à celui de certaines cloches d’alpage », souligne Olivier Catros, responsable en France pour la marque.
Un chargement en continu
Les colliers fonctionnent avec l’énergie solaire. Les exploitants sont renseignés à tout moment de l’état de charge sur l’appli. Le 27 janvier alors qu’il pleuvait, les dix appareils affichaient au moins 90 % de charge. La luminosité suffisait pour un bon fonctionnement. Une fois installé, il n’est pas nécessaire de les retirer pour les recharger. « Il est important de mettre les colliers à charger au soleil avant de les installer sur les animaux, souligne Olivier Catros, responsable en France de Digitanimal. Quelques heures sont nécessaires pour qu’ils soient opérationnels. »
Aujourd’hui, le lot occupe un large espace de 20 hectares pour limiter les effets du piétinement. « Je ne dispose que de 30 points pour délimiter le périmètre de la parcelle et c’est parfois un peu juste même s’il existe des astuces consistant par exemple à tirer droit une limite même si elle englobe la voie publique, observe Jean-Pierre. Le fabricant a toutefois prévu de faire évoluer ce critère. » Les époux ont déjà imaginé l’organisation du pâturage de cet été. « Nous allons pouvoir programmer l’avancée des paddocks dans la parcelle plusieurs jours à l’avance, indiquent-ils. Ainsi, si nous décidons prendre quelques jours de congés, l’astreinte pour le remplaçant sera réduite. »
Autre avantage de l’équipement identifié par les éleveurs, « lorsque les cerfs ou les sangliers endommagent parfois nos clôtures, cela n’aura plus d’incidence sur notre troupeau, déclarent-ils. Les associés prévoient toutefois de conserver une limite physique à leurs parcelles, pour éviter aussi que d’autres troupeaux ou même des randonneurs, ne rentrent sur leur propriété et perturbent leurs animaux.
Suivi de l'activité du troupeau
L’outil a permis aussi aux associés de découvrir un nouveau pan de la vie de leurs animaux. « Nous connaissons désormais leurs déplacements dans le moindre détail, souligne Aurore. La parcelle de 20 hectares à leur disposition englobe un bois, nous savons désormais que c’est là qu’elles passent la nuit. Nous constatons aussi que les animaux qui s’approchent de la limite sont souvent les mêmes. » Les informations fournies par le dispositif devraient être riches d’enseignements. En tout cas aujourd’hui, il n’est plus besoin de faire le tour de la parcelle pour les retrouver. L’appli indique leur position en continu. »

Les génisses seront prochainement rentrées pour adapter le collier à leur croissance. « Le dispositif n’est toutefois pas adapté aux veaux de moins de 150 kg », déclare Olivier Catros.
Pour les vaches, il faudra également prévoir un apprentissage pour les allers-retours de la stabulation à la pâture ou les changements de parcelle. Jean-Pierre a déjà réfléchi à la construction virtuelle de deux circuits pour trier les animaux à l’entrée de la stabulation en fonction du logement des veaux à l’intérieur. L'idée de l'allègement de l’astreinte des clôtures a en tout cas fortement remonté le moral des associés !