Un séchage du foin en grange et optimisé : voilà ce que visait Gérard Roman, éleveur de 450 chèvres alpines à Pouy-Loubrin, dans le Gers. Après plus de deux ans d’échanges avec son conseiller de la chambre d’agriculture du Gers et l’entreprise Sud Solar System, il a installé des panneaux photovoltaïques sur sa grange de séchage en avril dernier. Mais il s’agit de panneaux particuliers : « Les panneaux habituels sont étanches à la lumière et peuvent créer de la condensation », témoigne-t-il.
Une ventilation plus efficace
Gérard a donc opté pour des panneaux bi-verre, qui laissent passer le soleil. « C’est une centrale normale qui produit de l’électricité, mais on utilise aussi la chaleur que produit le panneau », indique-t-il. Par ailleurs, pour créer un effet serre, ces panneaux (drainant) ont été installés sur une rehausse de 17 cm de haut. Ils ne sont donc pas posés directement sur le toit, lequel est désormais en bacs en acier et non plus en éverite (matériau à base d’amiante).
« Avec l’éverite, ça fonctionnait mais elle était poreuse, donc donnait parfois de l’humidité et elle réagissait peu aux rayonnements », se félicite Gérard Roman. Ainsi, il assure devoir « ventiler beaucoup moins longtemps le foin, notamment les premières coupes ». Difficile de généraliser mais, « avant, je laissais ventiler les premières coupes trois semaines, contre une désormais. En été, en deux ou trois jours, le foin est sec. »
Gérard Roman coupe toujours aux mêmes périodes que lorsqu’il avait sa grange sans panneaux, mais le séchage, toujours dans trois cellules de 150 m² chacune, est plus rapide. Or, plus le foin descend sous 60 % de matière sèche rapidement, plus il garde sa valeur nutritive. « Nous n’avons jamais fait de comparaison entre la valeur nutritive du fourrage avant et après les panneaux, mais notre foin est très appétant pour les chèvres. »
Dans une étude réalisée en 2022 et 2023, la chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques concluait que les foins séchés en grange « sont plus riches en protéines et ont une plus forte digestibilité », grâce notamment à « des fauches précoces à un stade optimisé ». Au stade plus tardif, Gérard Roman retient qu’ « au mois d’octobre, en séchant bien, on arrive à rentrer des foins de qualité ».
Optimiser les coupes
Pouvoir faucher, andainer et ramasser le foin en deux jours tout en s’assurant une récolte de qualité permet aussi de « répondre à des fenêtres météo qui sont de plus en plus courtes avec le changement climatique », met-il en avant. « Quand il fait très chaud, on arrête de ramasser la luzerne, qui est sur 30 à 35 ha de prairies pour une quinzaine d’hectares de prairies permanentes. Notre idée est d’aller vite dans les chantiers en étant bien équipés en matériels, et d’optimiser les coupes. »
Depuis 2017 et la mise en place du séchage en grange sur l’exploitation, Gérard Roman est autonome en foin. Ce fourrage est d’autant plus important pour l’éleveur qu’il vend le lait de ses chèvres à un fromager, la ferme de Peyret, à Gensac (Tarn-et-Garonne) qui, dans son cahier des charges, refuse l’enrubannage et l’ensilage.
Reste la question du prix. « On peut comparer mes deux centrales dédiées à la vente d’électricité : une de 165 kWc qui fait aussi le séchage, et l’autre, de 271 kWc, indique-t-il. Pour la première, j’ai investi 187 000 euros, contre 175 000 euros pour la seconde. » Donc peu ou prou la même somme pour près de 100 kWc de moins… Mais un séchage efficace en plus.