« La grande distribution ne joue pas la partie en équipe, elle est seule dans son coin au détriment de la filière […] elle déconstruit les prix uniquement pour des raisons de concurrence entre distributeurs et ça détruit le tissu de nos entreprises », a déploré auprès de l’AFP Jean-François Loiseau, président de l’Ania, à l’issue d’un comité de suivi des négociations commerciales, ce 17 février 2026, qui était boycotté par la Fédération du commerce et de la distribution (FCD).
Fin des négociations le 1er mars
Démarrées le 1er décembre et prévues jusqu’au 1er mars, ces négociations annuelles déterminent in fine les prix en rayon (hors marques propres des distributeurs). À quelques jours de l’ouverture du Salon de l’agriculture, période lors de laquelle la bataille médiatique s’intensifie entre distribution et industriels sur les négociations, « 65 % des contrats avec les TPE et PME » ont été signés mais ce chiffre baisse à « 45 % » pour l’ensemble des entreprises agroalimentaires, selon François Loiseau.
Opposant des distributeurs en quête de prix compétitifs pour attirer les clients et des industriels invoquant coûts de production et besoins d’investissements, ces tractations sont régulièrement accusées de tirer vers le bas les revenus des agriculteurs malgré leur encadrement par les lois Egalim.
Un climat « profondément dégradé »
Afin d’assurer un climat plus serein, les parties prenantes ont signé à la fin de novembre une charte de bonne conduite « inédite », à l’initiative des ministères de l’Agriculture et du Commerce. Après des premières discussions « agréables » en décembre, selon François Loiseau, le climat s’est « profondément dégradé » pour devenir « un combat destructeur », avec des distributeurs mettant à exécution leurs « menaces de déréférencement » et « annulant des commandes ».
Il dénonce par ailleurs un rôle croissant des centrales d’achat européennes qui déplacent la négociation de produits français à destination de consommateurs français hors de France et donc hors du cadre Egalim.
Boycott
Ce 16 février dans Le Parisien, Annie Genevard a accusé la grande distribution d’exercer un « chantage mortifère » sur les industriels, ce qui a entraîné le boycott par la FCD du comité de suivi des négociations qui a eu lieu ce 17 février sous l’égide de la ministre et de son homologue du Commerce, Serge Papin.
François Loiseau a salué l’attitude de la ministre de l’Agriculture qui a « déploré l’absence de la FCD », selon lui. Il a appelé Serge Papin à amplifier « à court terme les sanctions et les contrôles ». Mais à moyen terme, il souhaite se réunir dès la fin des négociations avec la grande distribution pour « reconstruire la valeur ensemble » et réfléchir avec le gouvernement sur le cadre Egalim.
Les déréférencements auront « un impact sur l’emploi », avec du « chômage partiel » et une augmentation des importations de produits étrangers, qui « mettent à mal la souveraineté alimentaire », affirme François Loiseau, ajoutant que « 10 % » des 23 000 entreprises qu’il représente sont concernées.
Inquiétude pour les produits laitiers et la charcuterie
Deux filières ont particulièrement tiré la sonnette d’alarme : les produits laitiers et la charcuterie. En bout de chaîne, les éleveurs s’inquiètent de la baisse des prix mondiaux du lait face à une production abondante en 2025 et des prix du porc européen en raison des droits de douane chinois et des conséquences de la peste porcine africaine en Espagne.
En milieu de chaîne, les industriels mettent en avant des hausses de coût (énergie, salaire, emballages, transport) sur les cinq dernières années, que l’inflation n’a pas compensées. La marge nette de l’industrie laitière a chuté à 1,1 % en 2024, selon la Fnil qui fédère les entreprises privées du secteur, tandis que celle des entreprises de charcuterie, rassemblées au sein de la Fict, était de 2 % en 2024.
Des taux inférieurs au reste de l’agro-industrie (3,5 % en 2024, selon l’Ania), qui ne permettent pas aux entreprises d’investir pour se moderniser. « On est au bout d’un système. À dire toujours : “On va servir le pouvoir d’achat et vendre moins cher”, ça se fera à la fin sans entreprise française », a déploré ce 17 février Christiane Lambert, présidente de la Fict lors d’une conférence de presse avant le comité.
La grande distribution affirme de son côté que plusieurs postes de dépenses des industriels ont baissé en 2025 et demande par conséquent des baisses de prix.