Le premier cheval de bataille de la Fédération nationale de l’industrie laitière (Fnil) pour ces négociations commerciales 2026, ce sont les centrales d’achat européennes. Le climat des échanges semble tendu dans les box de négociation. Dans les bureaux de la centrale Everest aux Pays-Bas (Intermarché, Auchan, Casino), « les salles de négociation sont littéralement nommées “Déflation 1, 2, 3 et 4” » rapporte le président-directeur général de la Fnil, François-Xavier Huard.
Les acheteurs y afficheraient un mépris total pour les régulations françaises, affirmant ouvertement se « torcher » avec la loi Egalim, toujours selon la Fnil. Le maintien des prix des produits de grande consommation (PGC) France se fait au détriment des produits industriels, « ce qui revient exactement au même économiquement pour les laiteries », dénonce le représentant.
Négocier en France les prix de vente des produits laitiers
Les transformateurs ne veulent pas se laisser faire. Le syndicat des laiteries privées demande ainsi l’exclusion des produits laitiers français des négociations internationales pour les ramener à un niveau national, afin de protéger la rémunération des producteurs et la viabilité des laiteries. La centrale d’achat Everest gère notamment les négociations avec Lactalis, Savencia, Bel ou Danone. Au total, ce sont trois centrales d’achat européennes qui gèrent 88 % des ventes en France.
Une ambiguïté demeure derrière la demande de la Fnil d’exclure les produits laitiers français des négociations, le possible intérêt pragmatique des multinationales pour des négociations globalisées. Ces géants laitiers produisent, transforment et vendent dans d’autres pays européens. De ce point de vue, les centrales européennes représentent une simplification commerciale pour les groupes internationaux.
La Fnil déplore également la distorsion de concurrence entre coopératives et groupes privés. Les coopératives n’ont pas à passer par ces centrales européennes, un avantage de taille selon le syndicat pour des groupes comme Sodiaal aux volumes « comparables à ceux de Lactalis ».
« Fragilité » de l’industrie laitière
Elle rappelle que l’industrie laitière privée voit ses marges s’effriter : +1,1 % en 2024 contre +1,8 % en 2020, selon la Banque de France. Elle s’inquiète de ne pas constater de rebond de la marge post-crise Covid, là où les autres industries agroalimentaires ont su remonter la pente.
La Fnil prévoit que le déséquilibre des marchés subsiste dans les mois à venir mais assure se battre pour garder le prix du lait à un « bon niveau ».
Quant aux différences de prix du lait entre France et Allemagne en 2025, elles s’expliquent en relayant une étude du Cniel portant sur les neuf premiers mois de l’année. Sur cette période, le prix du lait français affichait 470 € les 1 000 litres, contre 520 € les 1 000 litres chez nos voisins de l’Est. La première cause de l’écart, la meilleure valorisation en grandes et moyennes surfaces (GMS) en Allemagne en 2025. « La GMS allemande passe plus de hausses sur les prix des produits laitiers en cas de besoin », rapporte la Fnil. Cela aurait hissé le prix du lait payé aux producteurs allemands de 15 à 20 € les 1 000 litres.
La deuxième raison du décalage, l’Allemagne est plus compétitive sur les fromages dits « de commodité » (tranches, produits de cœur de gamme) grâce à des outils industriels de plus grande taille. Cela explique un surplus sur le prix du lait de 10 à 15 € les 1 000 litres. Grâce à la stratégie à l’exportation allemande, le prix du lait a gonflé de 10 à 15 € supplémentaires sur la période étudiée. Enfin, le Cniel n’explique pas bien le supplément restant sur le prix allemand de 5 à 10 € et suppose une guerre d’approvisionnement entre les laiteries pour garder leurs producteurs.