« Je ne regrette qu’une chose, c’est de ne pas l’avoir fait plus tôt ! » Sous un hangar de 2 000 m², recouvert de panneaux photovoltaïques (350 kWc), trônent fièrement des cellules de stockage. À la fois vigneron et céréalier, Benoît Fleuriet a souhaité valoriser ses grains par lui-même, comme il le fait pour son raisin.
Après la conversion en agriculture bio des 230 ha de cultures en 2017, il allonge son assolement avec du tournesol, de la luzerne, du petit épeautre, du chanvre, du sarrasin… et cherche des débouchés pour ses productions.
Réseau local
« J’ai des amis qui possèdent une huilerie en Cuma. Je leur livre du tournesol et du colza, et ils me le redonnent en bouteille », explique Benoît Fleuriet. Il se passe la même chose pour l’orge, qui est maltée à Pithiviers (Loiret) puis expédiée chez un ami brasseur. Le vigneron propose sa bière « L’Arcandière » à côté de ses bouteilles de vin en Sancerre.
Pour le blé, il cherche un meunier et fait affaire avec le Moulin des Gaults à Poilly-lez-Gien (Loiret). Le vigneron profite de son réseau de commercialisation viticole auprès des grandes surfaces et des épiceries pour vendre sa farine, ses huiles et sa bière.
Des équipements de qualité
Ces marchés nécessitent des grains de qualité impeccable. « Il faut être bien outillé. Le directeur du Moulin est venu voir l’installation avant que l’on travaille ensemble. Il a été séduit », ajoute Benoît.
Les équipements sous le hangar se composent d’un pont-bascule, d’une fosse à grains, d’élévateurs et d’un séchoir à gaz (Law) à circulation par lot, d’une capacité de 14 tonnes par fournée, soit entre 60 et 80 tonnes de maïs par jour.
« Il est très polyvalent. On sèche aussi bien du sarrasin à 40°C que du maïs à 120°C », indique Floris Pellerin, le salarié de Benoît qui s’occupe des céréales. À côté, un trieur séparateur (Marot) à quatre grilles possède un débit théorique de 25 t/h. « Mais, dans la pratique, nous sommes plutôt à 10 à 15 t/h en fonction des grains », ajoute Floris.
Le domaine Fleuriet a investi dans une douzaine de grilles pour toutes sortes de grains et effectue des prestations pour amortir plus rapidement le matériel. Pour compléter l’installation, six cellules de 70 tonnes chacune, avec des sondes de température et de la ventilation, stockent les grains.
Aucun insecticide
Elles sont adaptées aux volumes annuels en bio sur la ferme, environ 90 tonnes de blé, 60 tonnes d’orge, 1,5 tonne de tournesol… « Grâce à la ventilation de refroidissement, je n’utilise aucun insecticide. Les silos fermés garantissent l’aspect sanitaire. Et une entreprise de dératisation vérifie la présence de rongeurs tous les trimestres », précise Benoît.
Le tout est piloté par des automates, directement à partir du téléphone. L’entreprise Agriconsult a conseillé les céréaliers et livré en kit tout le matériel. Quatre salariés de l’exploitation l’ont monté durant un gros mois de travail. Puis un électricien est venu pour les raccordements et les réglages.
Au fil du temps, l’agriculteur a ajouté une case de déchets à l’extérieur et un boisseau pour charger les camions. Cette installation complète a coûté près de 550 000 euros. En 2024, le blé bio, avec deux ou trois passages de trieur, était valorisé 480 €/t à la meunerie contre un prix de marché d’environ 350 €/t.
Installation évolutive
L’orge bio, déduction faite du maltage, revenait à 450-500 €/t. Avec 130 €/t de différence, il faudra dix ans pour amortir le matériel. Dans la pratique, cela devrait être plus rapide. Depuis 2025, Benoît Fleuriet a arrêté l’agriculture bio pour des raisons agronomiques. Il a trouvé de nouveaux outils de transformation, en conventionnel, sauf pour le blé.
Il cherche encore un moulin. Il compte investir dans deux nouvelles cellules, beaucoup plus grandes pour absorber ce nouveau volume. « Nous avons prévu de la place pour que l’installation soit évolutive. C’est un investissement pour l’autonomie de la ferme sur le long terme », conclut le vigneron-céréalier, fier de voir ses grains transformés en produits finis.