À la ferme du Chambeyron à Rettel, en Moselle, les ballots de laine s’entassent. Avec sa troupe ovine de 300 brebis, Bernadette Handrick se désole : « Cela fait quasiment deux ans que le négociant qui nous achète habituellement la laine n’est pas passé. J’en transforme une petite partie en garniture d’oreillers et de couettes, mais on est loin du compte pour une bonne valorisation. »

Jonathan Nondier, président du syndicat ovin de Moselle, renchérit : « Nous avons aussi deux années de stocks. Une récente étude montre que pour un élevage moyen de 400 mères allaitantes, la perte financière sur le poste laine est de 1 200 euros par an. Il faut compter 2 à 3 euros par bête pour le tondeur, plus le passeur à rémunérer. Avec les cours actuels de 20 centimes du kilo, ce n’est pas rentable économiquement. »

Les deux éleveurs étaient présents au salon professionnel de la laine, qui s’est tenu à Moussey le 15 octobre. Cette journée technique réunissait les différents acteurs de la filière. Elle a été l’occasion de mettre en évidence les différents usages de cette matière première. François Touchaleaume, chercheur à l’université de Montpellier SupAgro, a fait le point sur les valorisations existantes ou à développer : isolation thermique et phonique, paillage biodégradable ou encore remplacement du plastique comme emballage. Certaines entreprises présentes lors de cette journée proposent même la fabrication de granulats comme engrais organiques.

Transformer localement

En France, 4 % de la laine est valorisée. En Moselle, les trois quarts partent en Chine via un négociateur unique, qui achète dans l’ensemble du Grand-Est. Les éleveurs se mobilisent pour trouver des solutions locales. Un projet d’outil de transformation, porté par la coopérative Mos-Laine (lire encadré), file un bon coton sur l’ancien site de fabrication de chaussures Bata, à Moussey, là où avait lieu le salon.

Dominique Péronne