À Bantzenheim (Haut-Rhin), Daniel et Jean Godinat sont installés sur 205 ha de terres sablo-limoneuses, caillouteuses. Leur réserve utile de 30 mm s’épuise en six jours sans pluie. Les deux frères y sèment blé, soja, tournesol semences, mais surtout 130 à 140 ha de maïs grain. « Ici, un maïs sec n’atteint pas les 40 q/ha. Avec en moyenne six tours d’eau de 33 mm, nous obtenons 142-143 q/ha. L’eau est notre assurance récolte », indiquent-ils. En 2022, leurs équipements ont débité 653 000 m³. Soumis à une redevance de 4,71 €/1 000 m³, ils ont généré une facture de 3 044 €.
À volume égal, cette charge risque de doubler en 2025 et 2026, de tripler en 2029 et 2030. Car l’agence de bassin Rhin-Meuse a décidé de faire progresser la redevance pour 1 000 m³ à 10,18 € en 2025-2026, 12 € en 2027-2028 et 14 € en 2029-2030. « Sur une consommation moyenne de 88 000 m3 en 2024 [Ndlr : une année pluvieuse], chacun des 1 212 irrigants redevables s’est acquitté en moyenne de 414 € en 2024 ou 879 € en 2025 », relativise Xavier Morvan, son directeur général.
L’agence de l'eau explique que le tarif appliqué jusque-là était « le plus faible » de France et demandait une « remise à niveau discutée en 2024 avec les élus agricoles au comité de bassin » (NDLR : 3 sur 100 membres) puis validée par « un vote démocratique ». « La hausse figure dans un paquet global de financements agricoles. Difficile de se prononcer contre », réagit Fabien Metz, seul élu agricole alsacien. Dans un premier temps, les irrigants alsaciens ont patienté en mettant leurs espoirs dans un « plan eau », dont ils attendaient qu’il sécurise un cadre juridique et des volumes de prélèvement, mais qui a tourné court.
Paiement sans retour
« Dès 2026, nous allons avoir une charge en plus, sans moyen de la récupérer, donc un impact direct sur notre marge », calculent Daniel et Jean Godinat. L’agence de l'eau souligne que « pour 1 € payé par l’agriculture, 4 € lui seront renvoyés sur la période de 2025 à 2030 ». Daniel et Jean Godinat rappellent que « les irrigants alsaciens payent sans capter le premier centime de ces aides » réparties par l’agence de l'eau sur toute sa zone d’action et consacrés à la conversion bio, à la mise en place de cultures à bas niveau d’impact dans les aires de captage ou des « plans herbe ».
Le rappel du « revenu céréalier qui s’effondre depuis trois ans », couplé au blocage le 12 janvier par la FDSEA et JA68 de deux stations d’épuration, va conduire le préfet de Région à demander au comité de bassin de mars 2026 de geler les hausses prévues sur 2027-2030. Les irrigants réclamaient leur effacement complet.