Avec le changement climatique, les pratiques agricoles sont et seront amenées à s'adapter. Un constat qui vaut aussi pour la formation professionnelle des chefs d'exploitation et de leurs salariés.

C'est le constat dressé en partie par le think-tankAgridées qui organisait, le 23 novembre 2022, une conférence sur les compétences que devra acquérir "demain" le secteur agricole.

Accélérer sur la diffusion des compétences

Dans une note dévoilée pour l'occasion, ses auteurs, Yves Le Morvan et Bernard Valluis proposent de créer une "École nationale Agro/climat" associant les différentes écoles supérieures d'agronomies publiques et privées, et l'Inrae. L'objectif est d'accélérer "la diffusion des compétences relatives à la prise en charge technique, mais aussi stratégique" des conséquences du changement climatique sur les entreprises agricoles.

Cette école est la solution rapide qu'ils proposent face à "un système trop lent et conservateur". "Cette nouvelle école peut tout autant se concevoir comme une entité avec une réalité physique que comme un référentiel commun de compétences “agronomie/climat” qui s'imposerait aux écoles existantes, avec une  déclinaison complémentaire pour tous les niveaux de formation."

La note suggère aussi le lancement d'une "communauté de démonstrateurs territoriaux climatiques" qui pourrait être gérée par le ministère de l'Agriculture et Chambres d'agriculture France.

"Il faut former les agriculteurs et leurs salariés au changement climatique", a fait part Jérôme Lachaux lors d'une table-ronde organisée au cours de la matinée. Le chef du service formation de la FNSEA annonce que le syndicat allait prochainement publier elle aussi "une étude qui analysera l'impact du changement climatique sur les métiers, les emplois et les compétences".

"Il faut que l'exploitant soit un manager"

Au-delà de l'enjeu climatique, la formation doit aussi évoluer sur d'autres points, selon Agridées. Des compétences complémentaires sont nécessaires, selon les auteurs de la note. Ils mettent notamment l'accent sur le management (gestion des ressources humaines et droit du travail) et la maîtrise des contrats commerciaux. "Il faut que l’exploitant soit un manager mais il n’y arrivera pas tout seul", estime de son côté Jean-Marie Marx, du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), qui mettait en avant la nécessité d'accompagner l'exploitant pour le recrutement de ses salariés.

Pour Yves Le Morvan et Bernard Valluis, les compétences pourraient également être améliorées sur la thématique du numérique et sur la capacité de comprendre et de maîtriser les nouvelles technologies.

"Il faut que les chefs d’entreprise restent maîtres de la décision, ajoute Hervé Pillaud, auteur, conférencier et président du groupe d'enseignement et de formation Établières en Vendée. S’ils ne maîtrisent pas l’outil, d’autres le maîtriseront pour eux. Le risque n’est pas neutre de faire des agriculteurs des chauffeurs de plate-forme comme Uber."