« Quels métiers recruteront le plus au cours des dix prochaines années ? Risque-t-on une pénurie de main-d’œuvre dans certains métiers et lesquels ? » s’interrogent France Stratégie, institution rattachée au Premier ministre, et la Dares, direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques, dans un rapport diffusé le 10 mars 2022.

 

L’étude qui y est présentée classe l’agriculture parmi les secteurs les moins dynamiques, avec un recul de l’emploi et des recrutements insuffisants pour compenser les départs des seniors. Entre 2019 et 2030, les effectifs devraient diminuer de 39 000 postes (–5 %), poursuivant ainsi « à un rythme ralenti » leur repli. Ce secteur ne représenterait alors « plus que 2 % de l’emploi national en 2030, contre 3 % en 2019 et 4 % en 2000 ».

Diminution de l’élevage au profit des cultures mécanisées

« En l’absence d’inflexion majeure dans la répartition des aides agricoles », le secteur devrait poursuivre la tendance à la « concentration des exploitations et à la diminution de l’élevage plus intensif en main-d’œuvre au profit des grandes cultures mécanisées », soulignent les auteurs.

 

Toujours selon ce rapport, l’innovation, la robotique ainsi que la pression concurrentielle permettrait toutefois de maintenir les gains de productivité et de limiter les pénuries de main-d’œuvre.

 

À lire aussi : Recensement agricole de 2020, la France a perdu une ferme sur cinq en dix ans (10/12/2021)

Les scénarios « bas carbone » et « post-Covid » limitent la baisse

Dans un scénario « bas carbone », que les auteurs définissent comme un prolongement des mesures déjà prises en matière de transition bas carbone, la baisse de l’emploi agricole se limiterait à 20 000 postes d’ici à 2030. Les auteurs du rapport l’expliquent par l’agroécologie et la croissance de la production biologique, au « contenu emploi plus élevé », essentiellement dans le maraîchage.

 

Dans un scénario « Covid + », « le recul de l’emploi dans les métiers de l’agriculture serait moins prononcé que par le passé, les tendances de consommation alimentaire post-pandémie ayant accentué l’attention portée à la qualité [et à la] traçabilité des produits et favorisé leur provenance locale », relèvent-ils. Le nombre d’emplois préservés dans ce scénario se situe entre 9 000 et 24 000 pour l’ensemble des secteurs agricole et agroalimentaire, selon l’intensité du changement de comportement.

Diversifier les canaux de recrutement

Malgré une baisse de l’emploi, les tensions de recrutement déjà observées dans le secteur agricole pourraient, « sans actions correctrices », rester élevées, estiment les auteurs. Ces derniers invitent ainsi à « diversifier les canaux de recrutement et à adapter les dispositifs d’accompagnement. »

 

Ils soulignent toutefois que les métiers dont l’attractivité est faible — souvent peu qualifiés, avec forte pénibilité et faible rémunération, en agriculture comme ailleurs — recrutent plus souvent des chômeurs et constituent des voies d’insertion pour les immigrés.

 

À lire aussi : Transmission, « Il faudra passer de 14 000 à 20 000 installations par an » (10/12/2021)