« Vus les prix de vente des grains oléagineux et les prix d’achat des engrais, faire automatiquement l’impasse sur certains apports ne vaut pas le coup, assure Émile Lerebour, chargé d’études nutrition des cultures à Terres Inovia, l’institut de recherche sur les oléagineux, légumineuses à graines et chanvres. En revanche, il est recommandé d’optimiser la fertilisation, car l'agriculteur peut limiter ses charges sans diminuer son rendement. Et la surfertilisation peut avoir des conséquences néfastes ».

Colza : fractionner l'azote en deux ou trois apports 

Pour mesurer les apports nécessaires en azote sur colza, Terres Inovia met à disposition gratuitement son outil, la Réglette azote colza®. Émile Lerebour prévient : « Le colza est l’une des cultures qui a les besoins les plus élevés ». En général, la dose suggérée est donc de 100 à 180 unités, en deux ou trois apports, du début de la montaison jusqu’à la floraison. Sur-fertilisation comme sous-fertilisation peuvent être préjudiciables. La première peut entraîner une perte de teneur en huile et de la verse. Quant à la carence, elle peut provoquer une chute des rendements. On la remarque grâce aux feuilles moins vigoureuses, plus petites, vert pâle ou jaunâtre.

Le colza est également « l’une des cultures les plus exigeantes en phosphore », expose le technicien. En cas de carence, « sa croissance est ralentie, les plantules sont chétives. Et le rendement en pâtit ». D’où une préconisation : réaliser des analyses de sol avant le semis. « Si le sol est bien pourvu, on peut envisager une impasse, soumet-il. Mais, en général, on conseille 40 à 80 unités. » L’apport est alors réalisé au semis « car les besoins sont plus grands au premier stade. »

Côté soufre, un apport systématique de 75 unités est prôné, au printemps. Les feuilles qui décolorent et peuvent jaunir sur l’extérieur sont synonymes d’un manque de soufre. « On peut alors éventuellement intervenir en foliaire, explique l’expert. Mais les produits peuvent coûter plus cher. »

Enfin, la brassicacée à fleurs jaunes n’est pas aussi vorace en potasse. « Les impasses sont plus fréquentes, témoigne Émile Lerebour. Les apports, en général de 40 à 60 unités, se font au semis, en fonction de l’analyse de sol. » La carence débouche sur une perte de rendements.

Tournesol : autour de 8-10 feuilles

« Les besoins en azote, phosphore et potassium sont beaucoup plus faibles pour le tournesol que pour le colza, poursuit l’expert. Dans la moitié des essais que nous avons menés en tournesol, les parcelles sans azote sont parvenues aux mêmes rendements que les parcelles azotées ». Le guide des cultures spécial tournesol, remis à jour en 2026 par Terres Inovia et téléchargeable gratuitement, présente des conseils.

Pour la « fleur du soleil », la principale base de calcul en matière d’azote est la méthode du bilan. « On multiplie les besoins unitaires par les objectifs de rendement et on obtient les besoins totaux », résume le chargé d’études, également animateur de formation sur la fertilisation des oléagineux. À ces besoins, il faut alors soustraire les reliquats sortie d’hiver, la minéralisation du sol, les apports de produits organiques s’il y en a eu ou encore l’effet d’un précédent légumineuses.

Une autre outil existe : la bande Héliotest. « Au semis, l’agriculteur fait un apport d’azote sur une bande et pas sur le reste du champ, résume Émile Lerebour. Et, au fur et à mesure, il regarde s’il y a une différence entre les deux modalités. Selon le stade auquel apparaît la différence (et si elle apparaît), la dose sera différente. » Une méthode contraignante mais « qui a ses avantages, vu les prix des engrais azotés ».

En général, l’apport recommandée est de zéro à 60 unités, souvent autour du stade 8-10 feuilles. Cela permet de garantir qu’il est bien valorisé « puisqu’on s’assure que la plante a bien levé et n’a pas été attaqué par les oiseaux » Une surdose entraîne une baisse de la teneur en huile. Une carence, visible par le jaunissement des feuilles, débouche sur une baisse des rendements. Ce déficit peut se rattraper jusqu’au stade 14 feuilles.

Par ailleurs, l’asteracée peut avoir faim d’un supplément de bore. Ce besoin se repère via des « grillures sur les feuilles, décrit Émile Lerebour. De façon générale, on invite à ne pas faire d’apport systématique mais à surveiller l’historique. Les parcelles sableuses et superficielles sont aussi plus à risque. » L’apport se fait alors au semis (en solide, environ 1,2 kg/ha) ou au stade 10-14 feuilles (300 à 500 g/ha). Attention toutefois, souligne l’expert, « les études récentes montrent que, contrairement à ce que l’on croyait, les carences sont finalement assez rares ».