Il s’agit d’une nouvelle expertise publiée le mercredi 25 mars 2026 par l’Anses (1) sur le cadmium. L’Agence nationale de sécurité sanitaire confirme une surexposition de la population française au cadmium. Elle met en évidence que cette surexposition est principalement liée à l’alimentation.

La surexposition est liée à l’alimentation

Dans le cas de la population non fumeuse, l’alimentation représente jusqu’à 98 % de l’imprégnation au cadmium, selon cette expertise de l’Anses. Même chez les fumeurs, l’alimentation est la principale source d’exposition, le tabac étant un facteur aggravant source d’exposition jusqu’à 43 %. Chez les enfants de moins de douze mois, l’alimentation aussi est une source majeure de l’imprégnation au cadmium, conclut l’Agence grâce à cette nouvelle étude.

Pour cette expertise, l’Anses a utilisé une méthodologie innovante, une modélisation, pour calculer pour la première fois l’exposition totale de la population. Elle a pris en compte les différentes voies d’exposition — par ingestion, contact cutané ou inhalation — et les différentes sources de cadmium, dont l’alimentation, intimement liée aux activités agricoles, les sources industrielles, le tabac, les cosmétiques.

Quels sont les aliments qui contribuent le plus à l’imprégnation de la population au cadmium ? Il s’agit des aliments qui à la fois contiennent du cadmium et sont par ailleurs très consommés. C’est notamment le cas des produits céréaliers : « céréales du petit-déjeuner, pains et produits de panification sèche, viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits sucrés, pâtes, riz et blé ainsi que les pommes de terre et certains légumes », détaille l’Agence sanitaire.

Une imprégnation croissante de la population

Le cadmium est un élément trace métallique, présent naturellement dans le sol en quantité variable, mais aussi présent dans l’eau et l’air. Il entre facilement dans la chaîne alimentaire, et n’a aucune fonction pour l’organisme. Il présente en revanche des effets indésirables pour la santé, sur les fonctions rénales, et la reproduction.

Le cadmium est facteur d’ostéoporose et est un cancérogène reconnu. Une de ces caractéristiques est qu’il est bioaccumulable. Il faut entre dix et trente ans à l’organisme pour éliminer la moitié du cadmium. La conséquence est une concentration croissante avec l’âge de ce métal lourd dans l’organisme.

Selon la modélisation de l’Anses, près de la moitié de la population française entre 45 et 64 ans dépasserait les seuils au-delà duquel un effet néfaste peut survenir. Une part « significative » de la population de toutes les classes d’âge dépasse les valeurs sanitaires de référence élaborées par l’Agence.

Ces valeurs sont des repères correspondant à une imprégnation en cadmium à ne pas dépasser à l’âge de 60 ans, compte tenu du caractère bioaccumulable du cadmium dans l’organisme. En juin 2025, des médecins libéraux avaient eux aussi alerté le gouvernement des niveaux inquiétants d’exposition des Français à ce métal lourd.

« Si aucune action n’est mise en place, une proportion croissante de la population est susceptible de rencontrer des effets néfastes [pour sa santé] », prévient Géraldine Carne, chargée de l’expertise à l’Agence sanitaire.

Les fertilisants, première source de contamination des sols

Une fois l’exposition humaine au cadmium réévaluée, l’Anses a identifié les leviers d’action possibles pour réduire le niveau d’imprégnation de la population française. Ces différentes options ont été passées au crible d’une analyse socio-économique pour déterminer leur faisabilité et leurs impacts.

Les produits céréaliers dans l’alimentation étant une source majeure d’imprégnation de la population, l’Agence préconise avant tout des actions visant à réduire les sources de contamination des aliments liée à la présence de cadmium dans les sols. L’Anses recommande donc d’agir rapidement à la source de la contamination des sols. Or « la contamination environnementale est entretenue par l’apport de matières fertilisantes », souligne Yann Le Bodo. 80 % de l’apport en cadmium dans les sols vient des intrants agricoles, contre 14 % venant des dépôts atmosphériques.

Comme elle l’avait déjà fait en 2019, l’Anses recommande un flux annuel dans les sols agricoles par les matières fertilisantes n’excédant pas 2 g de cadmium par hectare et par an. Pour respecter rapidement ces niveaux, l’Anses préconise des engrais minéraux phosphatés avec des teneurs égales ou inférieures à 20 mg de cadmium par kilogramme de P₂O₅ dans les produits de type engrais minéraux phosphatés.

Bien entendu, la teneur en cadmium dans les sols n’est pas homogène dans toutes les régions de France. Elle peut notamment varier selon des caractéristiques géochimiques des sols. La limite de flux recommandée par l’Anses ne prend pas en compte ces particularités, elle a été fixée de manière à être protectrice pour l’ensemble des situations.

« Compte tenu de l’augmentation de l’imprégnation de la population, il est temps de passer à la manière la plus rapide [pour atteindre le flux de 2 g de cadmium par hectare et par an] », insiste Matthieu Schuler, directeur général délégué de l’Anses.

Une limite de 20 mg dans les engrais phosphatés

Disposer d’un engrais contenant moins 20 mg de cadmium par kilogramme de P₂O₅ est-il techniquement réalisable ? Oui considère l’Anses, en s’approvisionnant en roche phosphatée contenant moins de cadmium, en fonction des lieux d’origine de la roche. Et lorsque cela n’est pas possible, l’Agence sanitaire recommande de recourir à des procédés de décadmiation.

De tels procédés existent et sont déjà documentés par la Commission européenne, selon Yann Le Bodo. Ils représenteraient selon lui un surcoût mineur au regard du coût de production à l’hectare et surtout compte tenu du fardeau sanitaire lié à l’imprégnation croissante de la population au cadmium. Si de tels procédés de décadmiation ne sont pas encore mis en œuvre, la mise en place d’une réglementation contraignante pourrait y contribuer, estime l’expert.

L’union de l’industrie de la fertilisation (Unifa) avait de son côté assuré que l’abaissement du taux à 20 mg de cadmium par kg de P₂O₅ sur les engrais phosphatés ne poserait pas de problème d’approvisionnement. En parallèle, l’Anses recommande que soit mentionnée la teneur en cadmium sur l’étiquetage des engrais afin que les agriculteurs puissent disposer de cette information et gérer les quantités apportées.

Suivre toutes les matières fertilisantes

Outre les engrais minéraux, les autres matières fertilisantes que sont les effluents d’élevage, les boues résiduaires et composts, représentent une source de contamination des sols supplémentaire. L’Anses recommande un travail d’évaluation de la concentration en cadmium des effluents d’élevage, et plus généralement de surveillance des matières fertilisantes agricoles.

Par ailleurs, l’Agence fait la promotion de pratiques agricoles qui ajusteraient au mieux le type et les quantités d’engrais en fonction des sols et des cultures. Elle soutient aussi « le recours à des techniques permettant de mobiliser le phosphore déjà présent dans les sols afin d’éviter de nouveaux apports, ou encore l’utilisation de variétés végétales moins accumulatrices en cadmium ».

Réduire la contamination « nécessite des actions collectives »

Que dit la réglementation concernant les teneurs en cadmium des engrais phosphatés ? Au niveau européen, un règlement de 2019 fixe jusqu’à présent une teneur maximale de 60 mg par kg P2O5 pour les engrais phosphatés portant le marquage CE. Mais un réexamen par la Commission européenne de ces valeurs limites est attendu d’ici au 16 juillet 2026.

La Commission doit déterminer s’il est possible de réduire ces valeurs « en tenant compte de facteurs environnementaux, eu égard en particulier à l’état des sols et aux conditions climatiques, de facteurs de santé, ainsi que de facteurs socio-économiques, y compris des considérations liées à la sécurité d’approvisionnement ».

La norme française autorise la commercialisation d’engrais jusqu’à 90 mg par kg P2O5. Des députés se sont récemment emparés du sujet sanitaire du cadmium en déposant une proposition de loi à l’Assemblée nationale le 23 décembre 2025 pour interdire les engrais phosphatés contenant du cadmium (2). L’objectif de ce texte déposé par Benoît Biteau vise « à réduire les risques sanitaires liés aux contaminations au cadmium dans l’alimentation ».

« Réduire de façon durable la contamination des sols et des aliments nécessite des actions collectives », souligne Matthieu Schuler. Et si les intrants agricoles constituent le premier levier d’action pour freiner l’imprégnation de la population au cadmium, l’Anses a également établi des recommandations concernant le tabagisme et l’alimentation.

(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. (2) « d’interdire l’importation, la détention en vue de la mise sur le marché, la vente, la distribution à titre gratuit et l’utilisation d’engrais phosphatés contenant du cadmium ».