L’analyse de sève est comme une prise de sang : elle représente l’état de la plante à un instant donné. Cet outil de pilotage agronomique permet de déterminer l’état nutritionnel du végétal et d’anticiper les carences. La sève traduit ce que la plante prélève réellement dans le sol. Il est possible de vérifier et de corriger rapidement un déséquilibre.
C’est également une façon de maîtriser ses charges, comme le souligne Julien David, technicien agronome à la coopérative EMC2, lors des journées TCS (techniques culturales simplifiées) à Vendôme, à la mi-décembre. « La fertilisation est la plus grosse charge opérationnelle. Alors, connaître les réelles problématiques de fertilisation, c’est flécher les bons investissements au bon endroit pour une efficience agronomique et économique. »
Les analyses peuvent être réalisées en sortie d’hiver ou à différents stades. Les échantillons sont à prélever avant 10 h pour garder une certaine humidité. Arrachez une cinquantaine de pieds, coupez la partie aérienne (au-dessus de 20 cm) et envoyez le bas des plantes (tige et racine) au laboratoire. Après extraction des sucs par pressage, les résultats d’analyses sont diffusés trois à quatre jours plus tard sous forme d’échelle de valeur par rapport à un optimal de la plante au stade concerné. Comptez environ 20 euros par analyse.
Un manque de bore
La coopérative EMC2, basée dans le Grand Est, teste depuis 2020 le jus des tiges afin de raisonner la fertilisation au plus juste sur blé, orge, colza, tournesol et maïs. En cinq ans, elle a réalisé plus de 1 700 analyses avec l’outil Top Diag, développé par le laboratoire Eurofins Galy. Ce qui lui a permis d’observer les éléments minéraux… et de révéler quelques surprises. « Sur blé et orge, nous sommes plutôt “confort” sur la partie azote soluble totale. Par contre, les analyses ont révélé que 98 % des échantillons avaient un flux de sève trop faible en bore et 92 % en fer. Nous n’avions jamais entendu parler du bore, alors qu’il semble que ce soit un enjeu sur nos parcelles de céréales. Nous avons également été surpris par le fer, puisque les sols de la Lorraine sont connus pour leur extraction de fer, nous ne pensions pas que c’était préoccupant. Nos sols basiques et calcaires rendent compliqué l’absorption du fer par les racines », indique Julien David.
À la suite de ces résultats, la coopérative a incorporé du bore et évalué son impact. Trois ans plus tard, les rendements ont augmenté de 4,5 % sur une synthèse de neuf essais en microparcelle. Les analyses ont également permis de comprendre les bons résultats de l’association colza et féverole : la féverole favorise l’extraction du fer dans le sol.
Des apports au bon moment
Ces analyses suscitent également quelques contradictions avec celles du sol. Pour le magnésium, 8 % de ces dernières sont inférieures aux normes, alors qu’avec les analyses de sève, ce chiffre monte à 57 %. Autrement dit, le stock dans le sol n’est pas toujours capable de migrer dans la plante.
La coopérative s’interroge sur l’absorption d’éléments minéraux dans les plantes pour évaluer l’assimilabilité des fertilisants. « Les essais ont montré que le potassium était mieux assimilé par la plante lorsqu’il était appliqué indépendamment du phosphore. Le phosphore est efficace à l’implantation, et le potassium à la reprise de la végétation. C’est un gros levier sur la productivité et la qualité des grains », ajoute le technicien, avant de conclure : « L’azote ne fonctionne pas seul. On s’aperçoit de l’importance des oligoéléments comme catalyseur sur son efficience. Il manque souvent plusieurs éléments, et les colimitations sont un vrai casse-tête. »