Dans une note d’analyse publiée le 7 janvier 2026, le groupe de réflexion Agridées évalue l’impact du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), ou « taxe carbone », sur les entreprises agricoles.

Un « coup de massue »

Le MACF, qui est entré en vigueur au 1er janvier 2026, fait peser « un risque économique et financier majeur sur les exploitations de grandes cultures », juge l’économiste Quentin Mathieu, auteur de la note. L’organisation estime qu’en France et sur la base des importations réalisées en 2024, l’impact serait « de l’ordre de + 42 à + 62 €/ha pour une exploitation type [150 à 250 uN/ha], soit un surcoût de + 6 à + 8 € la tonne de blé tendre (à rendement fixe de 7,5 t/ha et autres paramètres constants). » Dans le contexte économique déjà difficile pour les grandes cultures, il s’agit d’un « coup de massue », estime Quentin Mathieu.

Le sujet du MACF a été abordé par les ministres européens de l’Agriculture lors d’une réunion qui s’est tenue ce 7 janvier. À cette occasion, la Commission européenne a rappelé avoir proposé en décembre une disposition permettant de suspendre temporairement la mesure si les circonstances de marché le justifient. Cette proposition doit encore être validée par les colégislateurs européens.

Les agriculteurs « supporteront la majeure partie de ce surcoût »

Dans sa note, Quentin Mathieu appuie sur le fait que, selon lui, « ce sont bien les agriculteurs, car utilisateurs finaux des engrais, qui supporteront la majeure partie de ce surcoût. » Référence est faite aux déclarations de la Commission européenne, qui avait évoqué en décembre dernier une hausse des prix des engrais de 7 % répartie entre l’exportateur, l’importateur, les intermédiaires et les agriculteurs. La répartition du surcoût sur toute la filière suppose notamment que les fabricants d’engrais rognent sur leur marge. « Or, aucune réglementation ni aucune logique économique n’impose un tel comportement charitable », écrit l’économiste.

Vers une baisse des taux de protéines en blé ?

L’auteur envisage par ailleurs plusieurs impacts potentiels à moyen et long termes pour les exploitations agricoles françaises :

  • Une « accélération de la tendance nationale à la réduction de la consommation d’engrais », notamment en phosphore et potassium. Entre 2010-2013 et 2020-2023, les livraisons d’engrais azotés, phosphorés et potassiques en France, ont enregistré des baisses de 20 %, 29 % et 30 % ;
  • Une « mise en valeur de systèmes avec des cultures fixatrices d’azote ou des cultures moins consommatrices d’engrais, telles que le tournesol dans les zones intermédiaires » ;
  • Une substitution entre cultures, avec par exemple davantage de blé fourrager au détriment des blés meuniers, et « une dégradation générale de la qualité des cultures d’exportation et industrielles ». Il cite la baisse du taux de protéines des blés, ou encore l’érosion des rendements en pommes de terre et betteraves. Cela impliquerait « des déséquilibres de marché » ;
  • Une « mobilisation plus importante d’apports organiques, quand cela est possible ».