La France a-t-elle suffisamment de matières fertilisantes d’origine résiduaires (Mafor) pour répondre aux besoins des productions végétales bio ? C’est cette question qu’analyse une étude, publiée le 30 janvier 2026 par le ministère de l’Agriculture. Son objectif était notamment d’identifier « d’éventuelles tensions qui pourraient freiner de manière durable l’essor de l’agriculture biologique ».

Qu’est-ce que les « Mafor » ?

Issues des activités agricoles, urbaines et industrielles, les Mafor comptent diverses matières : les effluents d’élevage (bruts ou traités), les boues issues du traitement des eaux usées, les composts de déchets verts, les déchets ménagers ou organiques issues des activités industrielles ou domestiques, les digestats de méthanisation… En France, les matières fertilisantes utilisables en agriculture biologique ont été restreintes en 2021 : les effluents issus d’élevages considérés comme « industriels » sont interdits.

Au niveau national, les auteurs de l’étude estiment le gisement total de Mafor à 123 millions de tonnes (Mt) (incluant les territoires ultra-marins et les importations), dont 112 Mt utilisables en agriculture biologique. Les Mafor agricoles (les effluents d’élevage) sont la première source disponible, représentant 97 % du gisement utilisable en bio.

Des gisements suffisants au niveau national

Au niveau national, les gisements de Mafor permettraient globalement de couvrir les besoins de la sole bio. Dans le détail, en considérant les éléments nutritifs efficaces, c’est-à-dire directement assimilables par la plante la première année suivant l’épandage de la Mafor, l’étude estime que les Mafor utilisables en bio permettraient de couvrir :

  • Entre 90 et 150 % des besoins nets en azote efficace (selon les conditions d’utilisation) ;
  • Jusqu’à 3,5 fois les besoins des cultures bio en phosphore ;
  • De même, jusqu’à 3,5 fois les besoins de la sole cultivée en bio en potassium.

L’étude souligne que vingt productions végétales bio représentent 90 % de l’assolement bio, et les cinq principales (prairies permanentes, ray-grass, parcours herbeux, blé tendre et vigne) en représentent 50 %.

Déséquilibres entre régions

Toutefois, des déséquilibres interrégionaux existent. La répartition géographique des gisements NPK est contrastée selon les régions, avec une concentration en Bretagne et dans une moindre mesure dans les Pays de la Loire. Les Régions Centre, Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca), Corse et Île-de-France sont celles où les gisements sont les plus modestes, en lien avec une faible présence de l’élevage. Les gisements sont ainsi plus importants dans les régions à forte densité d’élevage, alors que les besoins sont, eux, plus élevés là où les surfaces cultivées en bio sont les plus importantes.

« Près de 60 % des besoins en NPK des cultures biologiques sont localisés dans les Régions Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle-Aquitaine et Pays de la Loire, alors que ces quatre Régions ne détiennent que 43 % des gisements », note l’étude. « Compte tenu du caractère pondéreux des Mafor et des difficultés que pose leur transport, ce résultat est central », insiste-t-elle.

Quatre scénarios

D’autant plus que la plupart des effluents d’élevage (non bio et utilisable en bio) sont d’ores et déjà valorisés. « Leur mobilisation au bénéfice de l’agriculture biologique nécessiterait une évolution économique et logistique, tant pour les exploitations en bio que pour les exploitations non biologiques qui ne bénéficieraient plus de ces apports. »

L’étude anticipe par ailleurs l’offre et la demande en fertilisants pour quatre scénarios d’évolution de la production biologique en France à l’horizon de 2030 : un prolongement des tendances observées entre 2010 et 2020, une croissance dynamique de l’agriculture biologique, un développement autonome de l’agriculture biologique ou bien une stagnation du développement de l’agriculture biologique.