Cela faisait près de vingt ans que les conditions de travail en agriculture n’avaient pas fait l’objet de réévaluation. Le 10 février 2026, les organisations professionnelles et syndicales (1) sont parvenues à un accord national « pour de meilleures conditions de travail », après deux ans et demi de négociations et « treize séances » entre les organisations d’employeurs et de salariés, rappelle la CFDT dans un communiqué.

L’accord a vocation à être « déployé au plus près du terrain ». Il s’appliquera obligatoirement aux employeurs agricoles lorsqu’il sera validé par un arrêté ministériel qui l’étendra à l’ensemble du territoire français. L’arrêté devrait être pris dans les six prochains mois.

Parmi les mesures « phares » de ce document de 37 pages qui revient sur l’hébergement, l’accueil des salariés, la santé au travail, ou la parentalité, la CFDT, par la voie de son secrétaire national à la production agricole Benoît Delarce, se réjouit de « réelles avancées pour le droit de femmes ».

Des droits pour les femmes

En avance même sur d’autres secteurs, le monde agricole a acté 13 jours d’absence autorisés pour les femmes souffrant d’endométriose (1). Elles devront justifier d’un certificat médical. Si l’endométriose est reconnue invalidante par un médecin, les absences autorisées sont transformées en congé payé. « Certains trouvent que ce n’est pas forcément une grande avancée mais pour des femmes qui prenaient des congés payés ou organisaient leur emploi du temps en fonction de [leur maladie], c’est un message clair de la profession », se réjouit Benoît Delarce.

D’autres jours de congés payés seront prévus en cas de fausse couche (trois jours) ou en cas de procréation médicalement assistée (PMA). Il sera aussi « formellement interdit d’affecter une femme enceinte ou qui allaite à un certain nombre de travaux exposant à des risques chimiques, biologiques et physiques spécifiquement définis ».

Réduire le poids des charges

Pour réduire les troubles musculosquelettiques, première raison des accidents de travail et maladie professionnelle en agriculture, les organisations patronales et salariales se sont accordées sur l’obligation de réduire le poids des charges à 80 kg au maximum.

Autre avancée notable de la part du monde agricole, la reconnaissance des risques des « produits chimiques notamment pour la santé ». Employeurs et salariés « préconisent une utilisation raisonnée des produits chimiques » avec la volonté d’éliminer ou à défaut réduire, l’exposition des salariés aux pesticides.

« L’utilisation des équipements de protection individuelle (EPI) n’est à envisager que lorsque les autres mesures d’élimination ou de réduction des risques ont été épuisées », écrivent-ils dans l’accord. Les EPI qui doivent être « à la charge des employeurs ». La prévention face aux phénomènes climatiques extrêmes, accentués par le réchauffement climatique devra être présente dans le document unique d’évaluation des risques (DUERP).

Pour Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA en charge de l’emploi, la question du logement des salariés « nous tenait à cœur ». Toute une série de mesures rétablit les modalités à respecter afin d’héberger les salariés. Un guide sur le logement publié par la FNSEA devrait d’ailleurs voir le jour dans les prochains mois pour accompagner les employeurs agricoles. Une fois l’arrêté pris, chaque employeur agricole sera tenu de respecter les obligations de l’accord.

(1) FNSEA, FNEDT, Unep, FNB, FNCuma, USRTL, FFPF (côté employeurs) et CFDT, CGT, CFE-CGC, CFTC, FO (côté salariés)

(2) L’endométriose est une maladie chronique gynécologique parfois invalidante touchant une femme sur dix lors des menstruations.