En France, la collecte de lait bio a progressé au rythme des vagues successives de conversions à l'agriculture biologique. Elle a atteint 1,23 milliard de litres en 2021, soit 5,2 % de la production laitière nationale. « La situation se résume aujourd'hui à une offre supérieure à la demande », analyse Bruno Martel, administrateur de la commission bio de l’interprofession laitière (Cniel). « On est durablement dans le dur », lâche Thierry Roquefeuil, président du Cniel.

- La croissance de la collecte de lait bio a ralenti au premier trimestre 2022.

Des signes de ralentissement de la croissance

Alors que la croissance de la production de lait bio s’établissait à 11 % en 2021, elle ne dépasse pas 4 % en cumul sur les six premiers mois de 2022. Les fortes chaleurs et la sécheresse n'y sont pas étrangères. « Les exploitations bio sont plus sensibles du fait de caractéristiques plus herbagères, pointe Corentin Puvilland, économiste au Cniel. La production laitière passera sans doute sous le niveau de l’an dernier en juillet et surtout en août. » Au-delà des effets de la météo, cette accalmie « peut aussi traduire une accélération non seulement des reconversions, mais aussi des cessations d’activité ».

« Descente en gamme »

Du côté de la demande, « cela se dégrade sur tous les produits laitiers bio, observe Corentin Puviland.  L’accélération du recul des achats dans le rayon bio est concomitante à celle de l’inflation. Il y a une descente en gamme de la consommation. » Et d'insister sur la prépondérance du débouché de la grande distribution. De janvier à juin 2022, les ventes s’effondrent en volume par rapport à la même période en 2019, avant la crise du Covid :

  • De 15 % pour les produits ultra-frais ;
  • De 11 % pour la crème ;
  • De 10 % pour le beurre ;
  • De 4 % pour le lait liquide.

Le prix du lait en baisse

Sur la feuille de paie des éleveurs, ce déséquilibre de marché engendre une sensible baisse de 1 % du prix du lait standard (TB 38, TP 32) sur les 6 premiers mois de l’année, par rapport à la même période en 2021. Et ce, dans un contexte de forte hausse des charges. Événement inédit, « les courbes des prix bio et conventionnel se sont croisées au printemps. Cela s’explique par la forte hausse du prix conventionnel, en parallèle du pic de collecte du lait bio. »

- Les courbes du prix du lait conventionnel et du lait bio se sont croisées au printemps.

Dans les linéaires, cette convergence des prix est aussi observée « mais de façon beaucoup moins marquée », rapporte Corentin Puvilland. Pour l’économiste, « l’avenir de la filière laitière biologique dépendra aussi de l’évolution des cours des produits laitiers conventionnels, qui devraient rester à des niveaux soutenus dans les prochains mois ». De quoi « limiter la casse » sur les volumes déclassés.