« Une réforme profonde s’impose » sur le financement des services de l’eau, estime le Conseil d’analyse économique, le Conseil d’analyse économique (1) dans une note présentée le jeudi 22 janvier 2026. Si le diagnostic se veut global, plusieurs recommandations concernent plus spécifiquement l’agriculture.

1- Faire de la redevance prélèvement un « véritable outil d’incitation » à la sobriété

Pour répondre aux besoins d’investissements, il sera « incontournable » d’augmenter le tarif de l’eau, estime Stéphane Saussier, professeur d’économie à l’IAE Paris (2) et coauteur de la note. Ce constat concerne tous les secteurs. « Il est important d’inciter davantage les usagers à la sobriété hydrique en augmentant le niveau de redevance prélèvement, pour le moment assez faible. »

Pour l’heure, sur la période 2025-2030, les Agences de l’eau « prévoient de ne pas augmenter [les redevances prélèvement], comme s’il n’y avait pas de problème de pression sur la ressource », pointe-t-il. Or selon lui, il y a un vrai besoin de les relever pour en faire « un véritable outil d’incitation », et « envoyer un message très fort à ceux qui prélèvent » : « il faut qu’ils trouvent des moyens de réduire ces prélèvements ».

2- Hausse des redevances pour pollution diffuse

« Le principe de pollueur-payeur est mal appliqué », juge également Stéphane Saussier. Il rappelle que ce principe suppose que les rejets de polluants doivent donner lieu à une solution financière proportionnelle à l’impact causé. Le Conseil d’analyse économique estime que certains secteurs, dont l’agriculture, « ne contribuent pas à la hauteur de leurs impacts ».

Entre 2013 et 2022, les agriculteurs ont contribué aux redevances collectées par les Agences de l’eau à hauteur de 9 % par an, contre 23 % pour le secteur industriel et 53 % pour les ménages, calcule le Conseil d’analyse économique.

L’agriculture ferait partie des secteurs pour lesquels la redevance pour pollution diffuse devrait être augmentée, selon l’organisation. Elle précise d’ailleurs que le taux de la redevance sur les produits phytopharmaceutiques n’a plus augmenté depuis 2019.

La hausse de ces deux redevances « va poser problème » pour certains usagers. Pour contrer cela, « il faut trouver d’autres instruments » telles que des subventions ou aides, estime Stéphane Saussier. Il juge en effet que le tarif de l’eau « doit avoir un objectif incitatif », et qu’un instrument « ne peut pas avoir plusieurs objectifs ».

3- Contractualiser autour « d’objectifs chiffrés de la sobriété »

« Nous pensons qu’il faut mettre en place une contractualisation territoriale au niveau du grand cycle de l’eau, engageant tous les acteurs de l’eau (collectivités, opérateurs publics et privés, agriculteurs, industriels, gestionnaires de ressources) autour d’objectifs chiffrés de sobriété », poursuit Stéphane Saussier.

« Il faut mettre tous les acteurs de l’eau et les usagers autour de la table, et s’entendre autour d’objectifs chiffrés de sobriété », juge-t-il. Pour cela, le Conseil d’analyse économique propose de mettre en place des contractualisations territoriales impliquant collectivités, opérateurs publics et privés, agriculteurs, industriels, gestionnaires de ressources. « Cela pourrait passer par des contrats “eau et climat” qui existent déjà, essentiellement entre Agences de l’eau et collectivités. »

Actuellement, les commissions locales de l’eau « s’apparentent plutôt à des parlements de l’eau, et qui n’ont pas de pouvoir exécutif », précise Arnaud Reynaud, directeur de recherches à l’Inrae et coauteur de la note.

4- Conditionner le stockage de l’eau à des pratiques de sobriété

Sur la question du stockage de l’eau, le Conseil d’analyse économique indique qu’il s’agit de captations qui représentent « une toute petite partie des prélèvements, moins de 1 % », relaye Stéphane Saussier. S’il souligne que « cela peut poser des problèmes dans certaines régions où il y a de la pression », il juge qu’il ne faut pas les interdire systématiquement.

En revanche, le Conseil d’analyse économique juge qu’il faut « conditionner le développement de nouvelles capacités de stockage de l’eau à des modifications de pratiques ou à des objectifs de sobriété hydrique », explique le professeur d’économie.

L’objectif est de « faire en sorte que le développement de ressources supplémentaires ne soit pas un moyen de faire perdurer, dans certains endroits, des systèmes qui ne sont plus compatibles avec la disponibilité de la ressource en eau », précise Arnaud Reynaud.

5- Encourager le stockage de l’eau dans les nappes

Renforcer la recharge des nappes d’eau phréatiques est identifié comme un enjeu majeur pour réduire la tension sur la ressource. Pour cela, Stéphane Saussier évoque plusieurs leviers, notamment l’incitation à développer des solutions fondées sur la nature (haies, bandes enherbées…) et les pratiques agricoles durables (goutte à goutte, …).

Selon le Conseil d’analyse économique, « 60 % de l’eau potable et un tiers de l’irrigation agricole dépendent des eaux souterraines, menacées de diminuer de 10 % à 40 % d’ici 2050 ».

6- Développer la réutilisation des eaux usées

Par ailleurs, le Conseil d’analyse économique estime nécessaire de développer « massivement » la réutilisation des eaux usées traitées, via des mécanismes d’aide et d’incitation.

Sur ce sujet, « il y a un retard français », souligne Stéphane Saussier : moins de 1 % des eaux usées traitées sont actuellement réutilisées en France. L’objectif serait de se rapprocher des taux de l’Italie (10 %) ou de l’Espagne (12 %).

(1) Le Conseil d’analyse économique (CAE) est une organisation qui réalise des analyses économiques pour le gouvernement. Rattaché au Premier ministre, il est composé d’économistes universitaires et de chercheurs. (2) Institut d’administration des entreprises