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Crédits carbone : premières simulations en grandes cultures

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Avec l’outil CarbonExtract - Crédits carbone : premières simulations en grandes cultures
Les pratiques qui augmentent la restitution de biomasse — couverts, résidus de culture… — sont favorables au stockage de carbone dans les sols. © P. Crapon/GFA

Agrosolutions s’est penché sur la réalité technico-économique de la méthode Grandes cultures du label bas carbone, validée par le gouvernement à la fin du mois d’août 2021.

Derrière la validation de la méthodologie Grandes cultures du label bas carbone, quel est le potentiel technique de sa mise en œuvre, et quel est le coût des pratiques ? Avec son outil de calcul CarbonExtract, le cabinet Agrosolutions (1) s’est penché sur ces questions et a simulé cette méthode pour 50 fermes conventionnelles de grandes cultures en France.

« Regarder le global »

Édouard Lanckriet, responsable transition bas carbone, présente les premiers résultats : « Tous leviers confondus, dans des conditions réalistes, la grande majorité des exploitations peuvent générer 0,5 à 1 crédit/ha/an (2). Nous avons, globalement, une opposition entre les performances de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et du stockage de carbone dans les sols. Ce n’est pas complètement une surprise : pour réduire les émissions, le meilleur moyen est de diminuer les apports d’engrais minéraux azotés. Mais pour stocker du carbone, il faut accroître la production de biomasse. Ce qui ne veut pas dire que la transition bas carbone réelle des exploitations est impossible, mais cela montre sa complexité. »

Autre enseignement tiré de ce constat : celui de l’impossibilité d’être plus performants sur tous les périmètres. « Il y a forcément un petit élément sur lequel on va émettre un peu plus qu’avant, ou déstocker un peu plus qu’avant. L’important est de regarder le global », résume Édouard Lanckriet.

Coût de revient

Dans la majorité des cas de figure étudiés, le coût de revient sur l’exploitation agricole du crédit carbone se situe entre 50 € et 200 €. Pour calculer ces chiffres, Agrosolutions a fait la somme de charges – intrants, matériel, coût du travail à 20 €/h... – et des revenus supplémentaires. « Quelques crédits ont un coût intéressant, en dessous de 50 €, mais cela représente moins de 10 % des cas », souligne l’expert. Cette famille de simulation étant la première, il précise que les trajectoires n’ont pas forcément été optimisées.

Agrosolutions a également étudié ces coûts pratique par pratique, sur quatre exploitations différentes. En ce qui concerne les couverts d’interculture, « de très loin le principal levier pour stocker du carbone », deux modalités de rendement ont été analysées : 1,5 tMS/ha/an et 3 tMS/ha/an. Pour la première, l’implantation génère entre 0,9 et 1 crédit/ha/an, pour 95 €/crédit. « Dans le cas de la seconde, dont les coûts intègrent une intervention mécanique de destruction, on arrive à 52 €/crédit, avec une production possible de 2 à 2,5 crédits/ha/an ». Pour Édouard Lanckriet, ces éléments confirment que, même pour le levier le plus évident, le coût de revient pour l’exploitation est « loin d’être anodin ». Il appelle à la prudence avant de s’engager. Un crédit s’achète actuellement environ 30 €.

H. Parisot

(1) Agrosolutions a corédigé la méthode avec les instituts techniques de grandes cultures.

(2) Un crédit carbone équivaut à une réduction d’une tonne d’équivalent CO2 (téqCO2).

Bio, conservation des sols

Certaines exploitations se sont projetées dans une transition vers le bio, ou vers l’agriculture de conservation des sols (ACS). Selon Édouard Lanckriet, « il n’y a pas de différence très marquée » du potentiel pour générer des crédits carbone selon ces deux trajectoires. Celui-ci dépend en effet fortement de la situation de départ (nature du sol, taux de carbone dans le sol…). « Un même levier d’une exploitation à l’autre ne donne pas les mêmes crédits carbone », souligne-t-il, conseillant de simuler différents scénarios. Pour être performante en carbone, la bio doit compenser la réduction de biomasse produite par une restitution importante au sol, sans quoi le déstockage peut être « massif ».

À savoir

Les principaux leviers sont la réduction de l’usage des engrais azotés (aspect réduction d’émissions de gaz à effet de serre), et les couverts d’interculture (aspect stockage de carbone dans les sols).

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Cet article est paru dans La France Agricole

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