On peut à peine les compter, ancrés à perte de vue au large d'Istanbul. Avec l'accélération des exportations de céréales ukrainiennes, il y a embouteillage aux portes du Bosphore. Hauts sur l'eau à vide, au ras des flots le ventre plein, 150 cargos patientaient mardi 11 octobre 2022 à la sortie et à l'entrée du détroit, près d'une douzaine de jours pour certains, avant de passer l'inspection scrupuleuse qui valide leur voyage.

Signé le 19 juillet sous l'égide des Nations unies et de la Turquie et opérationnel depuis le 1er août, l'accord passé avec Kiev et Moscou sur les exportations de grains ukrainiens a déjà permis plus de 630 voyages dans les deux sens. Au total, plus de 6,9 millions de tonnes (blé et surtout maïs) sont parties vers l'Europe, le Moyen-Orient et, en moindre proportion, vers l'Afrique, selon les données du Centre de coordination conjointe (JRC) à Istanbul. Ce dernier autorise et contrôle les trajets. Du blé et du maïs surtout.

Délais de départ allongés

C'est le JRC lui-même qui a sonné l'alarme le week-end dernier, voyant les délais s'étirer malgré ses efforts pour doubler le nombre d'équipes d'inspection, "de deux à quatre". Alors que le trafic avec les ports ukrainiens a pris son rythme de croisière, "la semaine dernière le temps d'attente des cargos sortant (d'Ukraine) atteignait neuf jours en moyenne", prévenait-il dans un communiqué, évoquant "la congestion de la Mer de Marmara".

Alors que le débat s'engage pour la reconduction de l'accord, le 19 novembre, le Centre de coordination a demandé aux armateurs de respecter à la lettre les procédures et de se préparer en amont "avant de se déclarer prêts", insiste-t-il car, "à plus de 50 reprises, l'inspection n'a pas pu être menée du premier coup".

De leur côté, confie un observateur sous couvert d'anonymat, les compagnies maritimes se plaignent de délais qui leur coûteraient "5 000 dollars par jour, plus le manque à gagner". Chaque équipe compte huit inspecteurs, deux pour chacune des parties à l'accord : Russie, Ukraine, Onu et Turquie - cette dernière essentiellement chargée de la logistique.

Longues heures d'inspection

Une fois à bord, les inspecteurs se répartissent les tâches : vérification des livres de bord, papiers d'identité, trajet effectué, cuves de fuel et, bien sûr, état des grains.

Un matin, l'inspection de l'énorme "Chola Treasure", un vraquier de 225 m de long aux couleurs de Singapour qui attendait, à vide, de faire route vers Chronomorsk, près d'Odessa, a pris plus de trois heures. "La durée dépend de la taille du navire et de son état de préparation, explique Udani Perera, inspectrice détachée auprès de l'Onu par la marine sri lankaise. Ce [matin là], il manquait des documents".