« La pandémie a montré l’importance que chaque pays puisse à la fois nourrir et soigner sa population et pour cela il faut une autonomie des moyens de production agricole et industrielle, estime Catherine Regnault-Roger. Avec la mondialisation, la guerre en Ukraine nous en donne un triste exemple, les approvisionnements qui se passent en dehors du sol national, peuvent être problématiques. »

 

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« Nous avons une nouvelle donne géopolitique et les biotechnologies, en particulier les NGT (new genomic techniques, nouvelles techniques génomiques), sont des outils de souveraineté agroalimentaire et d’adaptation au changement climatique. Elles permettent d’améliorer les variétés cultivées pour mieux répondre aux stress biotique (ravageurs, mauvaises herbes, maladies…) et abiotique (sécheresse) en modifiant le génome de la plante. »

Résistance à la sécheresse

« Les sociétés multinationales s’intéressent aux pays favorables au développement de nouvelles variétés obtenues par transgénèse et édition génomique, majoritairement sur les continents américain, africain et asiatique, reprend Catherine Regnault-Roger. Un bel exemple est celui du maïs Wema en Afrique, résistant à la sécheresse, à la pyrale et à la chenille légionnaire d’automne arrivée sur le continent en 2016. »

 

« Les compagnies semencières locales peuvent mettre ces variétés libres de droit à la disposition des petits agriculteurs à des prix abordables. Ce maïs OGM issu d’une initiative publique-privée permet aux producteurs africains de moins dépendre de l’étranger : c’est une forme de souveraineté alimentaire. »

 

« Aux États-Unis, on observe une forte progression de variétés rendues, par transgénèse pour l’instant, multirésistantes (à un ravageur, à un herbicide et à la sécheresse par exemple). Des recherches via les NGT sont par ailleurs conduites aux États-Unis et au Japon pour adapter les cultures aux sols inondés ou salés. Dans certains pays, on commence à dessaler l’eau de mer pour l’irrigation, il est donc intéressant d’avoir des plantes plus tolérantes à la salinité. »

La baguette sous licence étrangère

« Pourtant, une majorité de pays de l’Union européenne refuse les OGM. Si l’Union européenne continue à entraver le développement des biotechnologies agricoles, la baguette que nous mangerons dans 20 ou 30 ans sera sous licence chinoise, russe ou américaine. Les États-Unis et la Chine représentent en effet à eux deux 80 % des brevets mondiaux pour la technique Crispr (2), avec une prédominance des Chinois pour les applications agricoles. »

 

« L’Union européenne représente 10 %, et le reste du monde 10 %. Ce refus de l’Union européenne d’avancer sur les biotechnologies va conduire à un déclin économique. Les NGT, c’est une précision dans les transformations souhaitées, c’est un gain de temps et c’est aussi pouvoir répondre aux défis du changement climatique. Si on n’a pas les moyens de donner à nos agriculteurs des solutions pour répondre à cette évolution, on va prendre du retard. »

 

« Aujourd’hui, il n’y a que trois produits issus de NGT commercialisés dans le monde. Il s’agit de deux huiles de soja avec un profil amélioré en acides gras et une tomate japonaise, un alicament à haute teneur en aminoacide Gaba (anticholestérol). Le reste est au stade recherche et développement, mais les promesses sont immenses. On note cinq fois plus de projets en NGT dans le monde qu’en Europe. »

(1) Auteure de l’ouvrage « Enjeux biotechnologiques Des OGM à l’édition du génome » — Presses des Mines.

(2) Une des techniques de NGT.