Après la démonstration de force jeudi à Paris de la Coordination rurale, des manifestations ont eu lieu en Pologne et Italie le vendredi 9 janvier 2026, puis encore samedi en Irlande. Les agriculteurs protestaient contre ce traité entre l’Union européenne, l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, qui créerait l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, de plus de 700 millions de consommateurs.
Barrage filtrant sur l’A1 et au port du Havre
En France, deux points névralgiques du transport de marchandises sont désormais visés : le premier port à conteneurs français au Havre et l’autoroute A1, « axe routier le plus fréquenté » du pays selon son concessionnaire, la Sanef. L’A1 est aussi le passage privilégié entre Paris et les deux principaux ports de marchandises d’Europe, Anvers (Belgique) et Rotterdam (Pays-Bas).
Dimanche soir, vers 21 h 30, plusieurs dizaines d’agriculteurs ont bloqué le péage de Fresnes-lès-Montauban, au sud de Lille, sur l’A1, pour contrôler les marchandises des camions, de nouveau autorisés à rouler après l’interdiction de circulation dominicale. « Mercosur, Ukraine, DNC, trop c’est trop », « Ce que nous vivons n’est pas une crise mais une escroquerie à l’agriculture », ont pu lire des journalistes de l’AFP sur des banderoles.
Au Havre, environ 150 agriculteurs avec des tracteurs entendent eux aussi inspecter tous les camions qui entrent ou sortent pour écarter les produits alimentaires non conformes aux normes imposées aux producteurs français et européens, sans bloquer l’entrée du port. Ils n’ont pu contrôler que deux poids lourds dimanche, mais en attendent « 5 000 par jour » à partir de lundi, a expliqué Justin Lemaître, secrétaire général de Jeunes Agriculteurs de Seine-Maritime (JA76).
Autoroutes bloquées
La journée de lundi débute par deux blocages supplémentaires sur des sites portuaires du Sud-Ouest. Un barrage de ballots de paille a été établi devant des installations pétrolières sur le port industriel de La Pallice, près de La Rochelle, avec une trentaine de tracteurs et une soixantaine de manifestants à l’appel de la Coordination rurale de Charente-Maritime (CR17).
D’autres manifestants ont annoncé bloquer le site céréalier Maïsica sur le port de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), action menée par la Confédération paysanne, le Modef et le syndicat basque ELB en dépit d’une interdiction de rassemblement annoncée par la préfecture. « Une trentaine de tracteurs bloquent les entrées. Les militants sont en train d’arriver sur place », a écrit le Modef dans un communiqué.
Non loin de là, sur l’autoroute A63 à hauteur de Bayonne, la centaine d’agriculteurs établie depuis vendredi a levé dans la nuit le barrage sur cet axe routier majeur entre la France et l’Espagne, après négociation avec le préfet. Ce dernier avait menacé de recourir à la force pour déloger ces manifestants non syndiqués, qui s’étaient surnommés « les Ultras de l’A63 ».
« Après l’appel du préfet à quitter les lieux sans délai, celui-ci s’est rendu personnellement sur place pour dialoguer avec la centaine d’agriculteurs présents, entre 23 h 00 et 1 h 30 du matin. À l’issue, le blocage a été levé », sans « dégradation », a annoncé la préfecture des Pyrénées-Atlantiques dans un communiqué. Vinci Autoroutes a fait savoir dans la foulée que le trafic avait repris dans les deux sens.
Dans le Tarn-et-Garonne voisin, les locaux de la Mutualité sociale agricole (MSA) resteront fermés au public à partir de lundi pour dénoncer des actes de vandalisme commis dans la nuit de vendredi à samedi.
Le président de la Caisse centrale de la MSA, Jean-François Fruttero a réagi sur le réseau social LinkedIn, appelant à ne pas se « tromp[er] « de cible ». Depuis quelques jours, certains de nos sites sont la cible d’actes de dégradation d’une rare violence, a-t-il déploré. Nous sommes mobilisés chaque jour pour trouver les solutions » pour soutenir « ce monde agricole malmené et désabusé ».
La validation de l’accord avec le Mercosur a ravivé le mouvement
Cette mobilisation agricole, lancée il y a un mois contre la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), a été amplifiée par le feu vert donné vendredi par une majorité de pays de l’Union européenne à l’accord avec le Mercosur, qui doit être signé samedi prochain au Paraguay.
Pour ses détracteurs, ce traité va bousculer l’agriculture européenne avec des produits importés d’Amérique latine moins chers et pas forcément respectueux des normes européennes, faute de contrôles suffisants. La ratification de ce traité dépend encore d’un vote, qui s’annonce serré, au Parlement européen, probablement en février ou en mars.
Cette mobilisation agricole, lancée il y a un mois contre la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), a été amplifiée par le feu vert donné vendredi par une majorité de pays européens à l’accord avec le Mercosur, qui doit être signé samedi prochain au Paraguay.
La ratification du traité dépend encore d’un vote, qui s’annonce serré, au Parlement européen. Un grand rassemblement d’agriculteurs est prévu devant son siège strasbourgeois le 20 janvier.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a, lui, publié une série de messages sur son compte X pour confirmer le paquet de 300 millions d’euros à destination des agriculteurs, dévoilé vendredi par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, qui reprend pour partie des mesures déjà connues mais n’a pas éteint leur colère.