« Les Français aiment l’agriculture, mais en dehors de quelques représentations limitées à une pipe et un béret, peu la connaissent, assure Pascal Perri. La plupart ignorent que les agriculteurs sont des ingénieurs du vivant, qu’ils maîtrisent autant la génétique, la météorologie que la mécanique, qu’ils sont, pour la plupart, des scientifiques de la terre. »

« L’opinion ne l’a pas saisi, poursuit-il. Parce que nous ne faisons pas toujours l’effort de nous informer, et qu’il existe peu d’espace à la radio ou à la télévision pour expliquer la complexité de la science. J’y vois un réel problème de démocratie. »

Brouiller les pistes

« Comment parler du glyphosate en une minute autrement qu’avec des images simplistes ? Comme la télévision est aussi peuplée de gens militants, souvent avec de faibles connaissances scientifiques, c’est le plus spectaculaire, à savoir la peur, qui l’emporte. Pour s’assurer d’être entendus et brouiller les pistes, les écologistes ont choisi d’utiliser la peur et la complexité de la science. »

« L’écologisme est le nouvel opium d’une jeunesse biberonnée aux luttes intersectionnelles, au culte absolu de la nature, au règne des communautés, à l’apologie du relativisme. Toutes les choses se valent, tous les avis sont du même poids quand il s’agit de qualifier la science ! La pensée productiviste a asservi les esprits, elle doit payer ses mensonges. »

« La démocratie n’est pas une fin en soi. Comme l’écrit l’association activiste Youth for Climate, elle est aussi contestable que la proprié­té. Les vieilles méthodes trotskistes d’agit-prop, pour agitation et propagande, sont ressorties de la clandestinité dans laquelle le progrès de la démocratie les avait plongées. »

Argent et influence

« Et, dans le même temps, les idées écologistes servent de passager clandestin à des intérêts économiques très identifiés. Il suffit d’observer l’étrange manège réalisé autour des projets de viande artificielle. Ce courant donne lieu à des communications d’opportunité de la part d’industriels et d’investisseurs, tel Xavier Niel, qui a compris que les substituts à la viande, notamment, pouvaient constituer un marché juteux. Le lobby du bio sait aussi cultiver sa fortune et ses marges. »

« À l’arrivée, chaque année, ce même lobby demande des dérogations pour utiliser des phytosanitaires. Car il existe bien une impasse à la thèse selon laquelle la nature réglerait seule les choses. Non, elle n’est pas bonne et n’a pas de dimension morale, elle est prédatrice, consommatrice de vie, organise la compétition entre les forts et les faibles. Nous, les hommes, étions de ce point de vue les faibles. Nous avons survécu en faisant preuve d’intelligence et d’adaptation. Nous avons su aménager la nature. »

À contre-sciences

« L’agriculture est un secteur que l’on veut empêcher d’innover, affirme Pascal Perri. Le glyphosate est utilisé pourtant à dose homéopathique, grâce à une technologie de précision. Les OGM, contestés pour les plantes, acceptés pour les hommes, permettent de cultiver sur des territoires ingrats. »

« Ils pourront demain nourrir le monde, en limitant le recours aux intrants et à l’eau.

Les écologistes s’opposent donc à la science et à une évolution favorable à tous. Ils s’attribuent finalement une immense responsabilité, celle de leur propre croissance ! »

Propos recueillis par Rosanne Aries

(1) Le Péril vert, l’Archipel, 224 pages (novembre 2021).