Après la déprime de fin d’année, le prix du blé retrouve un peu de dynamisme en ce début du mois de janvier 2026, accompagnant le retour des opérateurs sur le marché. L’abondance de l’offre reste un facteur de pression à long terme, mais certains évènements récents ont pu redonner un peu d’espoir aux opérateurs.

Retour d’une certaine fermeté

Les cours des blés rendu Rouen repassent au-dessus du seuil psychologique des 190€/t en base juillet à 190,5 €/t pour la première fois depuis au début de novembre 2025. La prime portuaire, qui avait chuté à +5 €/t pendant les fêtes, reprend le chemin de la hausse pour s’afficher de nouveau à +6,5 €/t rendu Rouen. Le retour progressif aux achats de certains importateurs tels que l’Égypte pour du blé russe, ou encore l’Espagne, permet un certain soutien aux prix physiques des blés à travers le monde.

Par ailleurs, les incertitudes concernant le climat outre-Atlantique apportent une certaine tension aux cours. Aux États-Unis, la progression de la sécheresse hivernale sur les Grandes Plaines commence à affecter l’état des blés durs HRW (hard red winter). Ainsi, le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) a publié cette semaine ses premiers « crop ratings » depuis le 24 novembre dernier avec de légers reculs sur le Colorado, le Nebraska, le Texas, l’Oklahoma et le Kansas. Enfin, les conditions plus sèches en Amérique du Sud seront à surveiller, alors que les semis de maïs ont débuté. L’évolution des conditions météorologiques sera un facteur déterminant ses prochaines semaines, et pourrait apporter un peu de soutien dans un contexte qui reste lourd.

Les regards sont tournés vers l’outre-Atlantique

Le maïs ne fait pas exception par rapport au reste du complexe avec un certain retour de fermeté cette semaine. Les prix du maïs rendu Bordeaux s’affichent ainsi au plus haut depuis la mi-août 2024 à 188 €/t, soit à quasi-parité avec les prix du blé. En Europe, le bilan serré reste de mise, ainsi que le ralentissement des exportations ukrainiennes du début de campagne. Aux États-Unis, le maïs parvient à maintenir son support des 4,40 $ le boisseau sur son échéance de mars 2026, dans un contexte de ventes très dynamiques et d’une excellente compétitivité. Les ventes à l’exportation dépassent désormais les 50 millions de tonnes, un record à date.

La semaine prochaine sera d’ailleurs l’occasion pour l’USDA et la Compagnie nationale d’approvisionnement brésilienne (Conab) de publier leurs nouvelles estimations. Si l’USDA a jusqu’à maintenant fait preuve d’optimisme, l’organisme pourrait réviser en baisse ses estimations de rendements lors du prochain rapport du 12 janvier. Enfin, le marché reste particulièrement concentré sur le climat en Amérique du Sud. Entre semis au Brésil et période de floraison en Argentine, l’annonce de conditions plus sèches pour les prochains jours pourrait redonner du soutien aux cours.

Regain de tensions en Ukraine

Dans un contexte de regain de tensions géopolitiques, la graine de colza reprend le chemin de la hausse pour rejoindre les niveaux de la mi-décembre Fob Moselle à 474 €/t. La situation en Ukraine inquiète les marchés depuis les récentes attaques sur les infrastructures énergétiques mais aussi les usines de trituration de tournesol. Cela s’ajoute aux capacités d’exportation déjà restreintes sur le pays depuis le début de la campagne, réduisant par conséquent l’offre disponible sur le marché européen.

De plus, la chute des prix de la graine de colza de fin d’année, accompagnée d’une certaine fermeté sur l’huile permet aux marges de trituration de s’améliorer, entraînant le retour aux achats des triturateurs. Enfin, l’espoir d’un apaisement des tensions entre la Chine et le Canada avec une entrevue prévue entre les dirigeants des deux pays à la mi-janvier, redonne de la fermeté au canola à Winnipeg.

Tous ces éléments court terme s’inscrivent dans un contexte qui reste lourd avec une grande disponibilité mondiale. Le bon niveau des importations australienne et canadienne attendu sur le Vieux Continent à respectivement 1,3 million de tonnes et 1,8 million de tonnes entraînera à moyen terme un bilan confortable en Europe et une pression sur les prix.

La détente se confirme

Le marché du tourteau retrouve un peu de soutien et s’affiche sur les niveaux de la mi-décembre à 338 €/t en délivré Montoir. L’enthousiasme autour des achats chinois s’estompe sur le marché du soja à Chicago, malgré des ventes américaines qui progressent régulièrement vers la Chine pour atteindre 10,5 millions de tonnes sur les 12 millions de tonnes attendues d’ici à la fin de février. Mais l’actuelle très bonne compétitivité de l’origine brésilienne pourrait limiter les flux à l’exportation américains à moyen terme. La récolte record attendue au Brésil, où la moisson a commencé dans les zones les plus précoces, pourrait rapidement peser sur le marché.

En Argentine, la météo reste à surveiller pour le bon développement des cultures de soja face à la sécheresse annoncée les prochaines semaines. Même si les conditions climatiques sont restées jusqu’ici clémentes, toute dégradation pourrait rapidement inquiéter le marché.

À Chicago, les cours restent hésitants, malgré la réduction attendue des surfaces aux États-Unis. Le rapport de l'USDA attendu la semaine prochaine sera l’occasion de prendre connaissance des nouvelles estimations de production notamment en Amérique du Sud.

Société spécialisée dans le suivi des marchés des matières premières, qui nous livre son analyse agricole hebdomadaire

À suivre : Rapport de l'USDA le 12 janvier et ajustement des rendements de maïs US, taux de protéines final des blés en Argentine, parité euro/dollar, météo en Amérique du Sud, évolution du conflit et de la logistique en Ukraine.