Les tempêtes Nils et Pedro ont laissé des traces chez les exploitants du sud de la Gironde. Une première visite d’expertise a été conduite le vendredi 20 février 2026 par le département, en présence du préfet Étienne Guyot. Chez Rémi Doux, maraîcher à Bazas, trois serres sur huit ont été endommagées, soit 3 000 m2 de culture sur un total de 8 000 m2. Salades, poireaux et choux : « Tout ce qui a été découvert est foutu. Le 11 février, nous avons enregistré des bourrasques de 124 km/h », explique l’agriculteur, installé sur 12 hectares.

Les terres sont gorgées d’eau : il est tombé 350 mm d’eau depuis le 1er janvier 2026, plus du double d’une année normale. Pour Rémi Doux, cela aurait pu être pire : les haies plantées après la tempête de 1999 ont joué leur rôle. « Quand j’ai vu la force du vent, je suis allé découper des bâches en préventif, ce qui a permis de libérer la pression sur les arceaux. Ils ont tenu. Nous n’avons pas à les remplacer : à 300 euros l’unité, le préjudice aurait été plus grave. »

30 000 euros de pertes

Entre le matériel et la production, le maraîcher estime les pertes à 30 000 euros. Pourtant, il a souscrit une assurance multi-risques climatique. « Celle-ci couvre uniquement les cultures extérieures, une dizaine d’hectares, pas celles sous serre. Le point noir, c’est de ne pas pouvoir être assuré pour l’ensemble de ma production. »

Face au représentant de l’état, Rémi Doux exprime ses doutes quant à l’intérêt de monter un dossier de calamités agricoles. « À l’arrivée, le risque est que cela ne serve pas à grand-chose. Je l’ai déjà fait par le passé et je n’avais quasiment rien eu, et c’est complexe. »

« Trop d’eau l’hiver, pas assez l’été »

Pour les maraîchers girondins, cette visite fut l’occasion de réitérer leur volonté de voir apparaître des retenues d’eau pour assurer l’irrigation de leurs cultures en période de sécheresse. « C’est la double peine, insiste Rémi Doux. Trop d’eau l’hiver, pas assez l’été. » Le préfet Étienne Guyot a rappelé le projet de loi d’urgence agricole, favorable à un assouplissement du pompage de l’eau au profit des agriculteurs.

« Je suis venu en bateau »

Rémi Doux n’est pas le seul à être victime de Nils. Frank de Biasi, producteur de céréales, de légumes et de kiwis, est encore plus inquiet. « J’ai tenu à être présent à cette première visite avec le préfet, insiste-t-il. Mon exploitation est située à Barie, dans la vallée de la Garonne. Je suis venu en bateau avec mon vélo à bord, avant de récupérer ma voiture. Par chance, j’ai pu mettre au sec mon matériel avant la montée des eaux, mais je redoute les vols. »

Frank de Biasi,producteur de céréales, légumes et kiwis à Barie, en Gironde, redoute des pertes catastrophiques pour son exploitation. (© Claude-Hélène Yvard)

Le 20 février 2026, ses quinze hectares de kiwis, représentant une part importante de ses revenus, étaient encore sous l’eau. Lors de l’épisode de crue de 2021, il avait perdu de nombreux pieds et kiwis. Cette crue de la Garonne de février est plus importante, la décrue plus lente. Franck de Biasi redoute des pertes catastrophiques pour son exploitation.