La Ferme Saint-Roch fournit ses clients particuliers en colis de viande, légumineuses, graines, farines, semoules et huiles paysannes. À Rambaud (900 m d’altitude), une commune située à 6 km de Gap dans les Hautes-Alpes, Damien Orcière et Laurence Karoubi ont fait le choix de la vente directe dès le début de leur activité, il y a trente ans.
« La ferme est petite et doit capter toute la valeur ajoutée possible avec une commercialisation en direct des consommateurs », explique l’agriculteur.
Explorer une nouvelle voie
Laurence a tissé des liens étroits, souvent amicaux, avec ses clients qu’elle livre plusieurs fois par an à domicile. Son fichier en contient environ 500 en région Sud et en Auvergne-Rhône-Alpes, dont plusieurs Amap. Associé en Gaec, le couple se complète bien. Elle se charge des e-mailings, des commandes, des tournées, de l’administration, et lui de la conduite du troupeau et des cultures.
Sur les terres familiales, Damien a fait évoluer ses pratiques et ses choix de production. L’éleveur de limousines, déjà en agriculture biologique, s’est orienté en 2018 vers l’agriculture de conservation sur sols vivants, par « envie de faire autre chose autrement ».
Il fait partie du GIEE ABC-Sud (1). Dans le quart sud-est, une vingtaine de céréaliers, accompagnés par Agribio-04, expérimente la régénération par la réduction du travail du sol et la diversification des cultures.
Avec la baisse de la consommation de viande, la ferme Saint-Roch a réduit son troupeau de 50 à 30 mères. L’autonomie fourragère repose sur les prairies naturelles (110 ha), prairies temporaires (25 ha de trèfle, luzerne, fétuque), et 2 ha de céréales pour la complémentation.
15 ha destinés à l’alimentation humaine
Afin de rebondir et d’évoluer, 15 ha de cultures sont aujourd’hui destinés à l’alimentation humaine : lentilles vertes, blé dur, sarrasin, pois chiche, haricots, maïs population, chia, quinoa, colza, lin, cameline, chanvre.
Le Gaec fait des essais sur 0,5 ha et, s’ils sont concluants, selon la demande du marché, 1 à 3 ha sont semés. « Une fois que l’on a produit, on trouve toujours quelqu’un intéressé pour acheter dans les circuits courts, estime Damien Orcière.
L’intérêt agronomique est mon premier critère. Le colza en bio est un défi technique. Et si la levée des pois chiche est mauvaise, je retravaille le sol superficiellement et sème du sarrasin ou du maïs. »
Il reconnaît que cette diversification des cultures est possible parce que l’activité élevage des vaches allaitantes est solide, qu’il récupère ses propres semences et, sans emprunt à rembourser, le système global est rentable. Pour explorer cette voie en agriculture biologique de conservation, 80 000 € sont investis dans un semoir pour les semis directs et 8 000 € dans deux trieurs.
Détailler en sachets d’un kilo
En revanche, la transformation est déléguée. Le colza et la cameline sont pressés chez Florian Jean (Ferme les Charentais à Pierrerue, dans les Alpes-de-Haute-Provence). Pour les farines de sarrasin, pois chiche et maïs, la semoule de blé dur et la polenta, Damien et Laurence en confient la mouture au moulin sur meule de pierre de leur voisin Vincent Ollivier (Ferme Ollivier à La Bâtie-Vieille, dans les Hautes-Alpes).
Ils récupèrent sur palette des sacs de 25 kg. La vente en petites quantités nécessite de la manutention pour détailler en sachets d’un kilo. Les clients « ont toujours répondu positivement à nos nouvelles productions », confie Laurence.
(1) Groupement d’intérêt économique et environnemental, agriculture biologique de conservation.