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Loup et brebis : l’impossible cohabitation

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Prédation - Loup et brebis : l’impossible cohabitation
Didier Fischer, ingénieur agronome de formation, a créé la Bergerie des Courmettes en 1983, hors cadre familial. Avec Valentine Guérin, sa compagne, ils se sont installés en Gaec en 2014. © C. Sarrazin

Valentine Guérin et Didier Fischer élèvent 500 brebis dans le parc naturel régional des Préalpes d’Azur. Un massif où les conflits avec les promeneurs vont crescendo.

Au volant de son pick-up qui nous emmène jusqu’au troupeau pâturant au cœur du parc naturel régional des Préalpes d’Azur (Alpes-Maritimes), Valentine Guérin stoppe net. Au loin, un objet scintille sur l’herbe fraîchement coupée. « Une canette de soda, nous indique l’éleveuse en la rapportant dans le véhicule. Ces déchets sont monnaie courante ici, surtout après les week-ends. » À cet incivisme, se greffent des problèmes plus complexes. Dans ce massif jalonné de sentiers pédestres fréquentés, la cohabitation entre les éleveurs et les usagers tourne de plus et plus souvent au vinaigre.

Valentine et Didier Fischer, son compagnon, y conduisent 500 brebis mères sur près d’un millier d’hectares de prairies et de parcours exploités par le biais d’accords verbaux ou de conventions de pâturage pluriannuelles avec des collectivités et des propriétaires privés. Le couple vend en moyenne 300 agneaux par an en vente directe uniquement.

Des panneaux explicatifs ont été installés à l’intérieur du parc pour sensibiliser les usagers aux comportements à adopter. © Chantal Sarrazin

Une présence qui dérange

« Nos animaux sont dehors toute l’année, sauf au moment des mises bas qui se font dans la bergerie, précise l’éleveur. Nous les faisons pâturer en un seul ou deux lots, suivant les périodes de l’année, en alternant les quartiers au gré de la ressource disponible. » Comme dans les autres massifs du Sud-Est, les assauts de loups sont récurrents depuis une dizaine d’années. « Nous perdons 10 à 20 brebis par an, victimes d’attaques avérées, et une dizaine supplémentaire disparaît sans qu’elles soient comptabilisées comme telles car elles ne sont pas retrouvées », enchaîne-t-il.

Le couple possède sept patous pour assurer la protection des bêtes. « Autrefois, quand nous croisions des promeneurs, ils nous témoignaient de la bienveillance, observe Didier. Le regard a changé. Notre présence dérange. Les chiens font peur. Quand nous essayons d’expliquer nos contraintes, on nous répond souvent avec agressivité. Les visiteurs pensent que la nature leur appartient, qu’ils ont tous les droits. » Dernièrement, un vététiste a refusé de contourner le troupeau. « Il était pressé, soupire le berger. Il ne m’a pas écouté au risque de se faire mordre. »

Les brebis de Didier et Valentine pâturent en extérieur toute l’année sur quelque 1 000 ha de parcours et de prairies. © Chantal Sarrazin

Des promeneurs, il y en a de plus en plus. « Regardez le panorama, sourit Valentine en désignant la mer au loin. Nous sommes à deux kilomètres d’une ville soumise à une forte pression urbaine. Dès qu’il y a un rayon de soleil, tout le monde se rue ici. » Des randonneurs, des coureurs, des vététistes mais aussi des parapentistes, des cavaliers et, depuis peu, des fans de « géocaching ». Un loisir qui consiste à utiliser la tech­nique du GPS pour rechercher des caches dans des endroits insolites en dehors des sentiers balisés. Des accompagnateurs proposent même des randonnées nocturnes.

Les éleveurs ont dû s’adapter. Des panneaux, traduits en plusieurs langues, ont été mis en place dans le parc avec le soutien de l’État. Ils expliquent le comportement à adopter face aux chiens. Cependant, ce n’est pas très efficace.

Limiter les risques

« Il n’y a pas d’agents assermentés pour faire respecter ces mesures, constate l’agricultrice. L’été, le parc missionne deux ambassadeurs, mais leur rôle se limite à sensibiliser le public au pastoralisme, au patrimoine et à la biodiversité. » Aussi, les consignes ne sont guère respectées. « Un VTT qui arrive à toute vitesse, un groupe qui parle fort, ou des personnes qui sortent des sentiers balisés effraient le troupeau, ce qui fait réagir les chiens pour qui tout mouvement constitue une menace, souligne Didier. Ce peut être pire de nuit s’ils surgissent à proximité des couchettes des brebis. » Des personnes ont été mordues. Des accidents sans gravité, dont certains ont toutefois donné lieu à des plaintes classées sans suite.

Pour limiter les risques, le couple a installé des clôtures électriques dans certains quartiers. Comme tout ceci n’est pas suffisant, Valentine, impliquée dans la vie municipale de Tourrettes-sur-Loup, intervient dans les écoles des communes du parc pour apprendre aux tout-petits ce qu’est le métier d’éleveur, et l’attitude à avoir face à un patou. « Si l’on suit nos consignes, ils ne font de mal à personne. »

Chantal Sarrazin

Un plan intercommunal

Les neuf communes du parc régional des Préalpes d’Azur ont lancé un plan d’orientation pastorale intercommunal (Popi). Il a donné lieu à un diagnostic pastoral, réalisé par le Cerpam des Alpes-Maritimes, qui a permis de dégager 56 actions à mener. Elles doivent apporter des solutions aux problèmes posés par la présence du public.

Présentées aux communes le 26 juin 2021, les actions n’ont pas encore été mises en œuvre. « Les communes doivent définir l’organisme qui sera chargé d’encadrer la mise en place de ce dispositif », indique l’éleveuse Valentine Guérin, présidente du Popi.

L’exploitation

• À Tourrettes-sur-Loup (Alpes-Maritimes). Gaec Bergerie des Courmettes.

• Main-d’œuvre : Didier Fischer et Valentine Guérin, ainsi qu’un berger à temps plein.

• SAU : 1 000 ha de parcours et d’estives, et 15 ha de prairies.

• Cheptel : 500 brebis préalpes du Sud,

7 chiens patous de race montagne des Pyrénées.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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