« Je suis converti au bio depuis 41 ans. Depuis le 1er janvier 2022, mon lait est collecté en conventionnel. Nous sommes douze producteurs à être dans cette situation. Pour ma ferme, cela représente une perte d’environ 4 000 € par mois, soit 120 à 130 € la tonne. Chez certains de mes collègues, c’est le double. La chambre d’agriculture et les syndicats se sont mobilisés pour trouver des solutions. Avec notre coopérative, nous explorons la piste d’une transformation de notre lait en fromage bio. L’idée d’une fruitière, sur le modèle de ce qui se fait en Franche-Comté, a également été évoquée. Mais nous sommes douze producteurs à une cinquantaine de kilomètres les uns des autres, cela semble compliqué à mettre en œuvre. Certains de mes collègues envisagent également la déconversion. Nos charges de productions actuelles avec un prix de vente en conventionnel, ce n’est plus possible. De mon côté, je vais essayer d’améliorer la qualité de mon lait en intégrant des jersiaises dans mon troupeau. En attendant, tous nos investissements sont à l’arrêt. Selon moi, nous sommes partis sur trois à quatre années de crise. Le lait bio représente seulement 5 % de la collecte nationale et le marché est déjà saturé. En parallèle, nos politiques veulent augmenter les surfaces en agriculture biologique. Le bio est une petite niche, on ne peut pas le généraliser alors que les marchés ne sont pas là. »

Dominique Sautré, éleveur laitier à Vittel (88)