Pour 74 % des Français, la vie « c’était mieux avant », pour l’alimentation, c’est 46 %. Voilà ce que révèle une étude menée par OpinionWay pour le Meatlab de Charal sur un échantillon de 1 000 Français, représentatif de la population, interrogé entre août et septembre 2021. L’objectif était de déterminer leur perception de la société d’aujourd’hui par rapport à celle de 1970 en faisant un focus sur le sujet de l’alimentation.

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Des fossés générationnels

L’environnement, l’alimentation et le travail agricole font partie des sujets qui ont évolué négativement, selon les Français. Ils sont respectivement 55 %, 46 % et 46 % à estimer que ces trois thèmes étaient mieux en 1970.

La perception de l’alimentation est très variable d’une génération à l’autre : les baby-boomers (57 ans et plus) et la génération X (41 à 56 ans) sont respectivement 47 % et 51 % à estimer que l’alimentation s’est dégradée depuis 1970 alors que seulement 35 % des répondants de la génération Z (19-21 ans) partagent cette opinion.

La confiance dans l’alimentation est également en perdition puisque 63 % des Français ont aujourd’hui moins confiance dans leur alimentation que dans les années 1970. Là encore, il existe un fossé générationnel puisque 73 % des baby-boomers et 67 % des répondants de la génération X ont moins confiance alors qu’ils ne sont que 47 % et 45 % pour les générations Y (22-40 ans) et Z.

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Naturalité, effet sur la santé... des points qui se sont dégradés

L’étude démontre également que pour les Français, « l’alimentation aujourd’hui a perdu en naturalité, qualité et son côté sain ». Parmi les points évoqués qui se sont dégradés entre 1970 et aujourd’hui figurent :

  • Le côté naturel des produits avec « c’était mieux avant » pour 62 % des répondants ;
  • Le goût des aliments avec « c’était mieux avant » pour 61 % des répondants ;
  • Les effets des produits alimentaires sur la santé avec « c’était mieux avant » pour 59 % des répondants ;
  • La qualité nutritionnelle des produits alimentaires avec « c’était mieux avant » pour 54 % des répondants ;
  • La composition des produits, la liste des ingrédients avec « c’était mieux avant » pour 52 % des répondants ;
  • L’accessibilité des prix des produits alimentaires  « c’était mieux avant » pour 50 % des répondants.

Ces jugements ne semblent pas toujours fondés. Si l’on se concentre seulement sur la qualité de l’alimentation et sa sécurité par exemple, « une étude du Sénat publiée il y a trois ans a montré que le risque létal des aliments que nous consommons a été divisé par 100 en 60 ans », argumente Philippe Goetzmann, consultant en grande consommation et agroalimentaire. Il complète en soulignant que l’apparition des scores (comme le Nutri-score) oblige les industriels à améliorer régulièrement leurs pratiques.

Les Français regrettent aussi la perte de lien social en rapport avec l’alimentation. Pour 74 % et 67 % des répondants, le temps accordé aux repas et à la cuisine se sont dégradés. Les modes de vie ont évolué. Philippe Goetzmann rappelle qu’entre 1999 et 2019, la prise de repas hors domicile a augmenté de 45 par personne et par an. « La cuisine est devenue un loisir et non une tâche quotidienne », ajoute-t-il.

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Des Français concernés par les conditions de travail des agriculteurs

Les perceptions autour de l’agriculture et du travail agricole se sont aussi dégradées entre 1970 et maintenant :

  • La juste rémunération des producteurs/éleveurs avec « c’était mieux avant » pour 61 % des répondants ;
  • La biodiversité (faune, flore) sur les exploitations avec « c’était mieux avant » pour 56 % des répondants ;
  • Les conditions de travail des producteurs/éleveurs avec « c’était mieux avant » pour 53 % des répondants ;
  • L’utilisation d’intrants, de produits phytosanitaires avec « c’était mieux avant » pour 52 % des répondants ;
  • Le respect de l’environnement avec « c’était mieux avant » pour 52 % des répondants ;
  • L’alimentation des animaux avec « c’était mieux avant » pour 45 % des répondants ;
  • Le bien-être animaux avec « c’était mieux avant » pour 41 % des répondants.

Là encore ces perceptions peuvent sembler subjectives et parfois déconnectées de la réalité. Toutefois, il faut noter que les Français accordent de la valeur au travail des agriculteurs puisqu’ils estiment que leurs conditions de travail et leurs revenus ne sont pas suffisants.

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Diversité, praticité, traçabilité... des points qui se sont améliorés

Les Français ne sont pas que pessimistes quant à l’évolution de leur alimentation et du travail agricole Ils jugent aussi que certaines choses ont évolué dans le bon sens comme :

  • La possibilité de manger des produits exotiques ou une cuisine étrangère pour 73 % des répondants ;
  • La praticité des produits pour 70 % des répondants ;
  • La diversité, le choix des produits alimentaires pour 69 % des répondants ;
  • La facilité à se procurer les produits alimentaires pour 65 % des répondants ;
  • La traçabilité des produits alimentaires pour 65 % des répondants .
  • La place de l’agriculture biologique dans notre alimentation pour 62 % des répondants ;
  • La possibilité de manger varié pour 60 % des répondants.

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Marie-Astrid Batut