Qu’est-ce qui vous a amenée à vous intéresser à la cuisine et aux terroirs ?

L’alimentation m’a menée au terroir. Je me suis d’abord intéressée à la cuisine par passion. Une véritable aventure. Je m’y suis lancée à corps perdu alors que je ne disposais d’aucune base. Ce qui fut libérateur car ni ma mère, ni mes grands-mères ne cuisinaient, je n’avais donc aucune pression. Je n’ai pas suivi de formation, mon apprentissage s’est fait dans ma cuisine, et j’ai eu la chance de rencontrer de grands chefs.

Votre émission Les Carnets de Julie a commencé à être diffusée en 2012 sur France 3, bien avant que terroirs et producteurs soient jugés essentiels. Quel accueil avez-vous reçu au départ ?

Il y a dix ans, les gens rêvaient davantage de visiter les Caraïbes plutôt que l’Aveyron ! Aujourd’hui, la France rurale est à la mode. On s’est rendu compte du formidable patrimoine de cultures, de savoir-faire, de paysages qui est le nôtre. Il n’en existe pas d’équivalent sur la planète. Nous nous sommes aussi aperçus qu’il n’était pas nécessaire d’aller au bout du monde pour être dépaysé.

« Quand je demande aux gens quel est leur plat préféré, deux fois sur trois la réponse est un plat de viande. »

Les recettes à base de viande sont légion dans vos émissions. Avez-vous vu les critiques évoluer ?

Tout d’abord, je ne suis pas végétarienne, et je suis contre les diktats en tout genre. Trop de névroses sont portées sur l’alimentation. Le rapport à la nourriture doit être plus simple. Personnellement, la viande n’est pas omniprésente dans mon alimentation, mais j’apprécie d’en manger. À choisir, je préfère les légumes secs, mais j’adore aussi le cassoulet et le bœuf bourguignon.

Quand je demande aux gens quel est leur plat préféré, deux fois sur trois la réponse est un plat de viande. Dans mon émission, le but n’est pas de faire du militantisme : je veux avant tout comprendre la culture populaire à travers le rituel du repas. Les personnes que je rencontre proposent leurs plats. C’est une réalité : la viande est très présente en France.

Est-ce à dire que les consommateurs doivent mieux choisir leur viande ?

Manger moins souvent de la viande mais de meilleure qualité serait formidable. Mais je sais aussi les différences sociales énormes d’un milieu à l’autre. Vivre dans la ville réduit de toute façon l’accès à une viande de qualité. Un gros travail est à mener pour la rendre plus accessible à tous. Ce lien se fera d’autant plus que les gens iront au contact des agriculteurs. Cela signifie aller dans les fermes ou trouver des réseaux Amap pour se fournir. C’est une démarche que de plus en plus de personnes font. Cela va dans le bon sens.

En même temps, je parlais du cassoulet, un plat que j’adore manger et préparer, mais il devient difficile de trouver des haricots français. Les légumineuses sont favorables aux sols, elles ne sont pas chères… elles cochent toutes les cases positives. Notre consommation a malgré tout été divisée par quatre en cinquante ans. Les légumineuses doivent faire davantage partie des priorités du consommateur. S’il réclame plus de légumes frais et français, cela changera. Quand on se retrouve à acheter des haricots chiliens d’il y a deux ans, ce n’est pas bon du tout ! Je me casse la tête à en trouver des tarbais qui, de surcroît, n’ont pas été conservés trop longtemps dans des silos. Si la demande est forte du côté des consommateurs, elle se répercutera sur les productions, à la faveur des agriculteurs français.

Comment en finir avec les diktats alimentaires ?

La nourriture doit rester un plaisir. J’ai le souvenir des mots de Michel Guérard que j’aime tendrement. Ce chef trois étoiles des Landes, avec lequel j’ai passé beaucoup de temps en cuisine me disait : « Je suis toujours surpris de voir à quel point les gens incriminent notre alimentation et jettent l’opprobre sur l’offre alimentaire actuelle. Pour moi, né en 1933, je sais que l’on pouvait mourir pour aller remplir un pichet de lait à la ferme voisine. »

Je suis toujours sidérée de voir à quel point on est en train de construire une société de la peur à tous les niveaux. L’alimentation doit être laissée en dehors de cela. Qu’elle garde sa vocation de plaisir, de partage. Et faisons surtout en sorte que le nombre d’agriculteurs ne diminue pas comme peau de chagrin, comme c’est le cas chaque année. Mangeons, consommons français, consommons paysan autant que possible.

Propos recueillis par Rosanne Aries