Jessy Trémoulière conjugue talent et modestie avec une aisance naturelle. La jeune femme de vingt-sept ans, qui a déjà foulé les pelouses des plus grands terrains de rugby du monde, n’a pas renié pour autant le plancher des vaches de la ferme laitière familiale à Bournoncle-Saint-Pierre, en Haute-Loire. « J’étais en train de traire quand j’ai reçu le coup de fil m’annonçant ma première sélection en équipe de France en 2011 », sourit Jessy.

Régulièrement sélectionnée depuis cette date, le numéro 15 de l’équipe féminine nationale se « régale de ce poste clé, à la fois offensif et défensif, laissant une bonne liberté d’action ». L’année 2018 a été particulièrement gratifiante dans son parcours : Jessy est la meilleure marqueuse de points du Tournoi des Six Nations remporté par la France. Elle est aussi promue la meilleure joueuse mondiale de rugby, le 25 novembre à Monaco. Une première dans l’histoire du rugby féminin français ! Quand le prince Albert lui remet son titre, elle souligne, plus heureuse que fière, qu’elle est là « grâce à son équipe et tout son encadrement sportif et familial ».

Du lycée agricole de Brioude aux JO de Rio

« J’ai commencé le rugby à seize ans au lycée agricole de Brioude. Avant, je pratiquais le foot, comme mes frères », explique la championne, sélectionnée dès la première année dans l’équipe de France des lycées agricoles. Repérée par les entraîneurs, elle entre dans l’équipe de France et enchaîne le Tournoi des Six Nations en 2012 et 2013, la Coupe du monde de rugby à quinze et le Grand Chelem en 2014. Elle signe son premier contrat professionnel en rugby à sept en 2015, avant de s’envoler l’année suivante pour les Jeux olympiques à Rio de Janeiro. Une blessure grave lui vaut une opération et quatre mois de rééducation. La sportive se fixe pour objectif d’être rétablie pour le Tournoi des Six Nations et la Coupe du monde 2017.

« Voyager dans le monde m’a confortée dans l’amour de mon pays et de son agriculture. »

Sa remise en forme est particulièrement éprouvante. Tenace, Jessy surmonte les difficultés avec la volonté pleine de prémonition de « devenir la meilleure joueuse de rugby du monde ». Blessée ensuite au bassin lors du dernier match du Tournoi, elle doit une nouvelle fois relever le défi d’une rééducation. Elle y parvient grâce à son mental d’acier. « J’ai la chance de savoir relativiser les événements de ma vie », commente celle qui revient toujours, entre deux compétitions, travailler avec son père et son frère sir la ferme. « Les vaches et mes chiens me rendent heureuse, c’est un besoin vital ! »

Jessy partage aujourd’hui son temps entre un emploi de salariée à mi-temps sur l’exploitation et une licence au club de l’ASM Romagnat. Elle vise le Grand Chelem en 2020, et la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande en 2021. Du côté de l’exploitation, elle envisage de s’installer en développant la vente de viande en circuit court. « Le sport de haut niveau et les voyages à travers le monde m’ont fait réfléchir à la valeur d’une bonne nutrition et aux atouts de l’élevage français, confie-t-elle. J’ai une carte à jouer à ce niveau-là. »

Monique Roque-Marmeys