L’appel à la mobilisation lancé par la FRSEA et JA Auvergne-Rhône-Alpes, la Copamac-Sidam (1) et le Berceau des races allaitantes du Massif central a été entendu. Convergeant massivement vers la capitale auvergnate, les éleveurs des vingt-sept départements du grand Massif central se sont rassemblés ce 25 mars 2021 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) pour crier leurs inquiétudes. Ils étaient plus de 5 000, selon les organisateurs.

Les « coups bas » se multiplient

« Les feux de détresse le 9 mars 2021 pour dénoncer la non-application de la loi Egalim n’ont pas suffi, affirme Joël Piganiol, le président de la FDSEA du Cantal. D’autres coups bas ont attaqué la profession depuis avec un étiquetage de l’origine géographique du lait déclaré illégal ! Et cerise sur le gâteau, le ministère propose une réorientation de la moitié des aides couplées vers les protéines végétales dans le Plan stratégique national. La coupe est pleine ! Il y va de la survie du métier d’éleveur et de nos territoires ! »

Les propositions du ministère de l’Agriculture pour la future Pac sont perçues comme une véritable menace pour l’élevage de montagne. © Monique Roque-Marmeys

« Les annonces concernant la nouvelle Pac sont synonymes d’hémorragie dans les zones d’élevage, poursuit-il. Conformément à ce que l’on pressentait, les aides à destination des éleveurs seraient diminuées de 30 à 50 %, et elles ne seraient plus proportionnelles au nombre de veaux nés sur les fermes. Or l’Aveyron est un pays de naisseurs. Retirer l’obligation de vêlage pour pouvoir toucher l’aide, limiter le nombre d’animaux aidés, est une politique de décroissance. »

« Une annonce très violente »

« Cette annonce est très violente dans nos territoires où l’on ne peut pas faire d’autre production, reprend Joël Piganiol. 85 % de notre département est couvert d’herbe. Ponctionner 15 000 € d’aides par actif condamne purement et simplement un territoire comme le nôtre dont l’économie repose sur l’élevage et les produits de qualité qui en sont issus. Nous aurions tous la volonté de nous passer des aides Pac mais aucun éleveur ne peut aujourd’hui s’en passer. »

Pour Romain Deleris, le président de JA de l’Aveyron, « près de 500 éleveurs aveyronnais se sont mobilisés car notre avenir se joue dans les décisions qui vont être prises dans la nouvelle Pac. En 2020, 2 800 éleveurs aveyronnais avaient plus de 58 ans. 300 agriculteurs arrêtent leur activité chaque année en Aveyron contre une centaine qui s’installe. Quel message le gouvernement est-il en train d’envoyer aux jeunes ? Est-ce un plan social de suppression de l’élevage que l’État organise ? »

Plus de 500 tracteurs ont rejoint Clermont-Ferrand à l’appel de la FRSEA du Massic central et de JA pour défendre l’avenir de l’élevage en montagne. © Monique Roque-Marmeys

« Cette mise à mort annoncée de l’élevage de montagne »

« Plus de 500 éleveurs du Cantal et 100 tracteurs mobilisés témoignent de l’inquiétude croissante des agriculteurs, reprend Joël Piganiol. Le sens politique donné aux premières annonces du plan stratégique national est inacceptable ! Cela condamnerait la vie agricole dans des territoires comme le nôtre. »

« Tous les partenaires de l’agriculture l’ont compris, complète-t-il. Les organisations agricoles et para-agricoles, les concessionnaires, les Cuma et les élus sont à nos côtés pour manifester contre cette mise à mort annoncée de l’élevage de montagne. Nous ne lâcherons rien. L’objectif est d’obtenir un rendez-vous au plus vite avec le ministre de l’Agriculture ! La question des soutiens à l’élevage et à la montagne est un enjeu de territoire qu’il ne peut occulter. »

Pour Patrick Bénézit, le président de la FRSEA du Massif central et de la Copamac-Sidam, « les annonces ministérielles ont généré stupéfaction, incompréhension et colère ! Une diminution moyenne de 40 % des aides couplées remettrait totalement en cause des systèmes d’élevage au revenu déjà très faible de moins de 8 000 euros par an en 2020 dans certains systèmes. Cette annonce est dévastatrice pour les éleveurs du grand Massif central. »

Une révision de la copie du plan stratégique national s’impose.Patrick Bénézit, le président de la FRSEA du Massif central et de la Copamac-Sidam.

« Nous devons engager un dialogue rapide et décisif avec le ministère de l’Agriculture afin d’obtenir un renforcement de la loi Egalim pour des prix agricoles fixés selon les coûts de production, une traçabilité totale de l’origine des produits alimentaires avec un contrôle strict du respect de ces règles par l’État, insiste-t-il. Une révision de la copie du plan stratégique national s’impose également. Nous n’accepterons pas une politique de décroissance de l’élevage. La nouvelle Pac doit avoir pour ambition d’avoir des agriculteurs nombreux sur des territoires vivants et attractifs. »

Monique Roque-Marmeys

(1) Conférence des présidents des organisations agricoles du Massif central (Copamac) et Service interdépartemental pour l’animation du Massif central (Sidam).