Un Sommet des Nations unies consacré à la « transformation » des systèmes alimentaires mondiaux se réunira en septembre 2021 à New York pour proposer une panoplie de « solutions » face à la remontée de la faim dans le monde observée pour la cinquième année consécutive. Il est précédé d’un présommet à Rome qui a débuté ce lundi 26 juillet 2021 et se terminera le mercredi 28 juillet 2021.

D’ores et déjà la préparation de ces deux rendez-vous suscite des critiques d’ONG qui craignent que les pistes retenues ne fassent la part belle à « l’agrobusiness » au détriment de l’agriculture paysanne et durable.

Une pandémie délétère

La tenue du Sommet sur les systèmes alimentaires mondiaux avait été annoncée en octobre 2019 par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Peu après, le Covid-19 était détecté en Chine avant de se répandre sur la planète.

Bien avant son apparition, « nous n’étions déjà pas en voie d’éliminer la faim et la malnutrition dans le monde d’ici à la fin de 2030 », objectif que s’est fixé l’ONU, mais « la pandémie a rendu la tâche encore plus difficile », constate un rapport récent des Nations unies.

Des dialogues « inclusifs »

Pour préparer ce sommet new-yorkais d’un jour dont la date précise n’est pas encore annoncée, ses organisateurs ont rassemblé quelque 2 500 idées — regroupées dans « 50 groupes de solutions » —, qui pourront être mises en œuvre par les gouvernements et les différents acteurs.

Parallèlement plus de 1 000 « dialogues » se sont déroulés dans plus de 138 pays.

« Avec des participants allant d’écoliers en Asie à des agriculteurs en Afrique de l’Ouest, en passant par des parlementaires en Amérique latine et des producteurs en Amérique du Nord », ces dialogues ont montré leur « caractère inclusif » et leur diversité, note le communiqué de l’ONU.

Le présommet, organisé donnera l’occasion aux pays de dire ce qu’ils prévoient de faire au plan national pour améliorer les systèmes alimentaires. Et surtout de faire émerger des « coalitions » de pays s’engageant à faire avancer des groupes de solutions.

« Nous avons aujourd’hui une opportunité unique de changer la façon dont nous produisons, transformons, vendons et consommons nos aliments afin que chaque personne puisse se permettre une alimentation saine et que les milliards de travailleurs des filières alimentaires vivent décemment de leur travail, cela tout en préservant l’environnement », déclare à l’AFP Gilbert Houngbo, président du Fida (Fonds international de développement agricole).

« Contre-mobilisation »

Mais les pistes que pourraient commencer à tracer les États et certains acteurs économiques lors du présommet préoccupent des ONG de la société civile qui organisent « une contre-mobilisation » virtuelle du 25 au 28 juillet 2021.

Le Sommet des systèmes alimentaires « est influencé de manière disproportionnée par les acteurs du monde des affaires et présente un manque criant de transparence », estiment ces ONG qui combattent « l’agriculture industrielle » et prônent « l’agroécologie et la souveraineté alimentaire », « solutions qui existent déjà ».

Quelque 300 organisations internationales ou régionales soutiennent cette initiative comme Action contre la faim, CCFD-Terre Solidaire, Friends of the Earth, GRAIN, Greenpeace, la Via Campesina, Oxfam, des associations de peuples autochtones, etc.

Le Sommet de l’ONU « se concentre quasi exclusivement sur un ensemble de solutions technologiques profitant à quelques multinationales et se faisant à l’encontre des intérêts des petits producteurs », estime Valentin Brochard, de CCFD Terre Solidaire, dans une déclaration à l’AFP.

Dans la lignée de cette contre-mobilisation, le 26 juillet 2021, dans un communiqué 84 signataires (1) issus des ONG, dont La Confédération paysanne, Oxfam, Attac, la Fnab […] du monde politique, scientifique et académique appellent la France à résister aux pressions des multinationales et à sauver l’agriculture paysanne ».

Ils estiment que « ce sommet et ce présommet se caractérisent par un manque criant d’inclusivité et un refus de tout dialogue quant aux modalités d’organisation. Les premières orientations prises nous font craindre le pire ».

Les signataires veulent « des systèmes alimentaires et agricoles durables, résilients et justes. Ils demandent donc à la France de « soutenir l’agroécologie paysanne ».

Avec l’AFP