Fabien Le Coïdic peut souffler. Du moins pour un temps. Par ordonnance du 11 décembre 2020, le tribunal administratif de Versailles a donné raison à cet éleveur bio de vaches bretonnes pie noir qui souhaite s’installer à Adainville, dans les Yvelines. Les requêtes en référé déposées à la fin d’octobre dernier par cinq riverains contre son permis de construire ont toutes été rejetées.

« C’est une première victoire » pour ce père de famille qui se dit aujourd’hui « épuisé » de ce combat long de six mois. Soulagé mais inquiet pour la suite, Fabien Le Coïdic témoigne à La France Agricole.

Une « belle victoire pour le monde agricole »

« Je suis fatigué de tout ce cirque car ce n’est pas fini », réagit l’éleveur embarqué malgré lui dans un litige contre des riverains de la commune d’Adainville. Depuis le dépôt de son permis de construire en avril 2020, Fabien Le Coïdic fait face à la vive et ferme opposition de cinq de ses voisins, dont l’éditrice Odile Jacob représentée par Corinne Lepage.

« Je ne sais pas du tout ce qui va se passer. Je pense que ce n’est pas fini, mais c’est déjà une belle victoire et un grand pas pour le monde agricole, se réjouit-il. Si le tribunal administratif avait statué en sens inverse, cela aurait pu faire jurisprudence et porter préjudice à toute la profession. »

Les « fantasmes » d’Odile Jacob et Corinne Lepage

Son avocat Timothée Dufour évoque également « un grand soulagement », mais une victoire qui n’est pas encore gagnée. « On avait quand même 15 moyens de méconnaissance prétendue invoqués par les requérants et ils sont tous tombés ! Mais il faut s’attendre malheureusement à un pourvoi devant le Conseil d’État qui peut être introduit pendant 15 jours », prévient-il.

« Cette ordonnance a fait tomber tous les fantasmes. Il n’y aura pas d’hippodrome de Deauville avec une tour Montparnasse » devant l’habitation d’Odile Jacob ou celle des autres requérants, poursuit l’avocat de Fabien Le Coïdic interrogé par La France Agricole.

Cette décision est un message fort envoyé au monde rural. Car, selon ce petit-fils d’agriculteurs, « le litige illustre une double hypocrisie, celle des bobos qui veulent du bio dans leur assiette mais pas à côté de chez eux, et celle des néoruraux, propriétaires de maisons secondaires, qui recherchent un cadre de vie préservé des grandes villes mais refusent toutes ses composantes, dont l’exercice d’activités agricoles. »

« C’est une affaire locale mais dont l’enjeu est national, estime-t-il avant d’ajouter que « derrière cette procédure, il y a un microcosme économique et familial mis à mal. »

Corinne Lepage dénonce un permis de construire illégal

Contactée par La France Agricole, Corinne Lepage, l’ancienne ministre de l’Environnement, insiste sur l’illégalité du permis de construire initial à l’origine de la requête de sa cliente Odile Jacob.

« C’est un jugement rendu sur la base d’un permis de construire modificatif qui nous a été présenté à 14 heures pour une audience à 14h30, assure-t-elle. Cela apporte donc la preuve que c’était totalement illégal la première fois. Indirectement, l’illégalité du permis de construire initial et donc le bienfait de la demande de ma cliente sont établis. »

« Mes clients vont continuer le recours au fond qui a été confirmé », affirme l’avocate Corinne Lepage. Mais concernant un éventuel pourvoi devant le Conseil d’État à la suite de cette ordonnance en référé, « nous ne savons pas pour le moment ».

« Une main tendue » de Fabien Le Coïdic

De son côté, l’avocat de Fabien Le Coïdic insiste sur le message d’apaisement que son client a toujours lancé à ses voisins : « Il a donné les gages depuis le début. » Plus encore, Timothée Dufour espère que les parties adverses prendront en compte « la main tendue » de l’éleveur car « c’est psychologiquement très douloureux » pour lui et sa famille.

« Une main tendue » de l’éleveur qui après six mois de conflit craint pour son futur à Adainville. « J’ai l’impression que ce n’est pas chez moi, ça me gêne d’être épié. Je pourrais carrément changer de métier après tout ça, avoue-t-il. Il y a eu un préjudice moral et financier car toute la construction est à l’arrêt alors que je dois quitter ma ferme actuelle en mars 2021. » Le temps est donc compté pour l’éleveur qui garde espoir pour la suite.

Oriane Dieulot
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