Réconcilier agriculteurs et écologistes, tel était le leitmotiv de Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique ce 25 octobre 2021, lors de sa visite de l’exploitation de Pierre Lhopiteau à Éole-en-Beauce organisée par la FNSEA.

Opposer agriculteur et écologiste, c’est « une grosse erreur, c’est se méprendre sur ce qui fait le cœur de notre engagement à chacun, a assuré la ministre. Agriculteurs, agricultrices et écologistes, ce qui nous lie tous ensemble c’est d’abord que nous avons une attention, un lien et une affection pour cette terre qui nous fait vivre. »

« Les premiers artisans de la terre »

Barbara Pompili est venue témoigner son « attachement » et sa « reconnaissance à des femmes et à des hommes ». « Nos agriculteurs sont les premiers artisans de la terre, du territoire, du paysage, des acteurs déterminants pour faire vivre nos territoires pour structurer nos paysages », a-t-elle insisté.

Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA a partagé cette volonté de dialogue et de réconciliation entre ces deux mondes. Elle a d’ailleurs appelé à ne plus opposer les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique.

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Illustrer « par la preuve » les bonnes pratiques

La ministre avait été conviée pour évoquer le « défi climatique », mais également l’opportunité qu’il représente pour l’agriculture française. Pour Christiane Lambert, la présence de la ministre permet de donner de la visibilité aux solutions déployées par le monde agricole en « illustrant par les preuves ce que font les agriculteurs qui investissent », pour s’adapter au changement climatique.

Barbara Pompili a été invitée à explorer l’exploitation au travers de quatre ateliers présentant des adaptations réalisées par Pierre Lhopiteau pour mettre en place des pratiques plus vertueuses :

  • Des panneaux photovoltaïques ;
  • De l’agroforesterie ;
  • Du compostage ;
  • Des techniques culturales simplifiées.
Pierre Lhopiteau (à droite) a présenté à la ministre son atelier de compostage, ses toitures équipées de panneaux photovoltaïques, etc. © M.-A. Batut/GFA

Barbara Pompili a reconnu que « des efforts importants sont souvent demandés à la filière agricole ». Elle juge que les agriculteurs jouent un rôle central dans la protection de la biodiversité et l’adaptation de la France face au changement climatique.

« Le changement c’est dans le temps »

La ministre a aussi compris lors de la visite qu’elle se trouvait dans une exploitation quelque peu « hors normes », c’est-à-dire en capacité de réaliser de gros investissements. Une pratique qu’elle salue. Elle juge cependant que toutes les exploitations doivent être accompagnées pour s’adapter aux changements climatiques tout en générant de nouvelles sources de revenus.

« Mon ministère tient à ce que les revenus des agriculteurs leur permettent de vivre et de bien vivre », a fait valoir Barbara Pompili. Elle a pris en exemple les crédits carbone et l’installation de panneaux photovoltaïques. Pour la ministre, le développement du photovoltaïque ne pourra d’ailleurs pas se passer des agriculteurs et des toits de leurs bâtiments.

Barbara Pompili semblait à l’écoute des demandes et des inquiétudes formulées par les agriculteurs présents. Ces derniers ont plusieurs fois exprimé leur besoin de visibilité tant sur les aides au financement que sur la réglementation. La ministre a reconnu que la visibilité était la clé d’autant plus qu’en agriculture « le changement c’est dans le temps et dans le temps long ».

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Haies et captage de carbone au cœur des discussions

La problématique du captage de carbone a été plusieurs fois prise en exemple. Stéphane Le Foll, maire du Mans, ancien ministre de l’Agriculture et président de l’initiative 4 pour 1 000, avait fait le déplacement. Il a salué l’adoption par la FNSEA de cette pratique, tout en regrettant que la Commission européenne ne l’ait toujours pas signée.

De gauche à droite, Barbara Pompili, Stéphane Le Foll et Christiane Lambert le 25 octobre 2021 à Éole-en-Beauce sur l’exploitation de Pierre Lhopiteau. © M.-A. Batut

Les haies ont aussi été largement évoquées durant la visite. Si le programme « Plantons des haies ! » doté de 50 millions d’euros dans le cadre du plan de relance a été bien accueilli par le monde agricole, Christiane Lambert le juge trop peu ambitieux, que ce soit sur le plan financier mais aussi de sa durée.

« Sur les haies comme sur d’autres sujets les agriculteurs ont besoin de visibilité », a martelé la présidente de la FNSEA. Barbara Pompili a tenu à signaler qu’elle travaillait en ce sens avec Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture.

Si quelques désaccords se sont parfois fait sentir pour Christiane Lambert comme pour Barbara Pompili, l’objectif de cette rencontre était bien clair : arrêter de mettre les agriculteurs et les écologiques dans des cases différentes, et ne plus « entretenir les guéguerres ».

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Marie-Astrid Batut