« 100 milliards, c’est le montant dont notre économie à besoin », a insisté Jean Castex, le Premier ministre, lors de la présentation du plan de relance, baptisé France Relance, ce 3 septembre 2020. Ce plan, financé à 40 % par l’Union européenne, a pour ambition de redresser l’économie française durement affaiblie par la crise sanitaire.

« 100 milliards, c’est près de 4 fois plus que le plan de relance pour faire face à la crise de 2008, a ajouté le Premier ministre. En proportion de la richesse nationale, c’est le plan de relance le plus massif annoncé à ce jour parmi les grands pays européens. »

Un plan « destiné à servir le climat et la biodiversité »

Le plan s’articule autour de trois grands axes : le soutien aux entreprises et la compétitivité (35 milliards d’euros), le renforcement de la cohésion sociale et territoriale (35 milliards d’euros) et enfin la transition écologique (30 milliards d’euros).

« France Relance est d’abord un plan destiné à servir le climat et la biodiversité […] », a souligné Jean Castex. En effet, il explique que ces 30 milliards d’euros reviennent à « plus que doubler dans les deux prochaines années les investissements de l’État en faveur environnement ».

« Ce plan est un pas de géant pour la transition écologique en France, par son ambition, sa cohérence, sa solidité ; il nous fait basculer dans l’écologie de demain », s’est de son côté félicité Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique et solidaire.

Une transition agricole intégrée au volet vert de France Relance

La transition agricole étant intégrée dans le « volet vert » de France Relance, c’est Barbara Pompili qui, aux côtés du Premier ministre, s’est chargée de présenter, dans les grandes lignes, les mesures pour le secteur agricole. « La transition agricole n’est pas oubliée avec budget de 1,2 milliard d’euros », a insisté la ministre.

Quelques heures après cette présentation, Julien Denormandie, ministre de l’agriculture et de l’alimentation, a détaillé ces mesures. Elles doivent, selon lui, participer au renforcement de l’indépendance et de la souveraineté alimentaire française. « Pendant le confinement, nous avons tous vu l’importance d’une souveraineté alimentaire », a précisé le ministre.

Ce 1,2 milliard est réparti dans 3 grandes priorités.

  1. Reconquête de la souveraineté alimentaire de la France : 364 millions d’euros

    • 100 millions d’euros pour le plan protéines végétales (complété par des crédits du PIA), pour diminuer fortement l’importation des protéines destinées à l’élevage ;

    • Mise en place d’une campagne à destination du grand public pour faire connaître les 200 métiers et formations de l’agriculture et l’agroalimentaire et les besoins en recrutement ;

    • 250 millions d’euros en faveur de la modernisation des abattoirs et de la biosécurité en élevage (élevage en plein air et bien-être animal).

  2. Accélération de la transition agroécologique : 346 millions d’euros pour le volet des moyens de production et 200 millions d’euros pour le volet de l’alimentation

    • Amplification de la vague de conversion vers le bio et la certification haute valeur environnementale (HVE) via le maintien du crédit d’impôt bio et la création d’un crédit d’impôt HVE (entre 70 et 80 millions d’euros), renforcement du fonds Avenir bio (60 millions d’euros). Pour faciliter l’installation, le plan prévoit une aide à la structuration de ces filières et un bon « bilan carbone » pour les jeunes agriculteurs ;

    • Prime à la conversion pour les agroéquipements (135 millions d’euros) afin de permettre aux agriculteurs d’investir dans des outils plus sobres en ressources, tout en rendant l’agriculture française plus moderne, compétitive et plus rémunératrice pour l’agriculteur ;

    • Programme « Plantons des haies ! » (50 millions d’euros) pour soutenir les agriculteurs qui souhaitent favoriser la biodiversité autour de leurs cultures et reconstituer les haies bocagères. Objectif : plantation de 7 000 km de haies et la gestion durable de 90 000 km de haies existantes ;

    • Plan de soutien aux cantines scolaires des petites communes (50 millions d’euros) afin qu’elles puissent s’équiper et former leur personnel pour proposer des repas issus d’un approvisionnement frais et local ;

    • Soutien aux projets alimentaires territoriaux (PAT) (80 millions d’euros) qui visent à soutenir la création de circuits courts, luttent contre le gaspillage. L’objectif est fixé d’au moins un PAT par département d’ici à 2022 ;

    • 1 000 restaurants situés en particulier dans les communes rurales de moins de 20 000 habitants seront aidés à développer ou à adapter des activités de restauration durable ;

    • L’initiative « Jardins partagés » accélérera leur développement, afin de soutenir une dynamique enclenchée depuis plusieurs années mais souvent confrontée à des investissements initiaux importants ;

    • L’opération « Paniers fraîcheurs » soutiendra les acteurs (groupements d’achat ou de coopératives de consommateurs, de magasins de producteurs, d’associations…) engagés dans le développement de l’accès à des produits locaux des plus modestes et concitoyens isolés.

  3. Adaptation de l’agriculture et la forêt françaises au changement climatique : 300 millions d’euros

    • Soutien à la structuration de filières, via des appels à projets de BPI France. La recherche de semences plus résistantes pourra être soutenue dans le cadre de projets de recherche et développement ;

    • Aide aux investissements de protection face aux aléas climatiques ;

    • Grand plan de reboisement des forêts françaises. Cette mesure s’accompagnera d’un fonds bois, d’un renforcement des dispositifs de soutien aux filières du bois et filières des graines.

1,250 milliard d’euros pour la biodiversité

Dans le « volet vert » de France Relance, 1,250 milliard d’euros est également consacré à la préservation de la biodiversité et à la lutte contre l’artificialisation, avec :

  • 650 millions d’euros pour la densification et le renouvellement urbain : fonds de recyclage des friches et du foncier artificialisé ;
  • 300 millions d’euros pour la biodiversité sur les territoires, prévention des risques et renforcement de la résilience ;
  • 300 millions d’euros pour les réseaux d’eau et modernisation des stations d’assainissement, y compris Outre-mer 300.

Bérengère Lafeuille, Marie Salset, Marie-Astrid Batut