Dans un communiqué du 20 novembre 2020, la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat a fait savoir qu’elle émettait un avis défavorable à l’adoption des crédits en faveur de l’enseignement agricole. L’augmentation bénéficierait principalement à l’école inclusive ainsi qu’à l’aide sociale, mais pas suffisamment au maintien de l’enseignement agricole. « La situation est telle que la survie de l’enseignement agricole, à moyen terme, est menacée », dénonce la rapporteure Nathalie Delattre (RDSE).

Une situation « brutalement dégradée » par la crise sanitaire

42C’est le nombre d’établissements de l’enseignement agricole qui sont en « urgence financière », selon la sénatrice Nathalie Delattre.

La rentrée de 2020 a vu ses effectifs diminuer de 2,2 %, surtout dans l’enseignement privé, après une année de rebond en 2019. La faute notamment à la crise sanitaire qui a empêché certains établissements de maintenir leurs portes ouvertes, au confinement qui a favorisé le choix d’une formation de proximité, ainsi qu’à l’attrait pour les formations en apprentissage, dont les effectifs ne sont pas comptabilisés parmi ceux des établissements d’enseignement agricole.

Mais dans son rapport, la commission pointe aussi du doigt les conséquences financières de la crise sanitaire sur les établissements agricoles. L’impact financier s’élèverait à 46,1 millions d’euros, selon une enquête de la Direction générale de l’enseignement et de la recherche (DGER). Pour cause : les pertes de recettes liées à la vente issue des ateliers et des exploitations agricoles, l’arrêt des formations pour adultes et apprentis, ainsi que l’interdiction de locations, notamment des maisons familiales et rurales (MFR) pour les colonies de vacances.

Enfin, les CFA et CFPPA des lycées agricoles publics n’ont pas pu bénéficier du chômage partiel. Le maintien de salaire des agents a dû être réalisé à partir des fonds propres des établissements. Un tiers des établissements connaîtrait des difficultés financières et 42 établissements sont en « urgence financière ». Alors que le ministère de l’Agriculture exprimait un besoin de 11,74 millions d’euros pour aider ces établissements, seuls 6 millions d’euros ont été ouverts.

Des ambitions mais peu de moyens

La commission du Sénat relève aussi d’autres difficultés. Alors que l’objectif de 200 000 étudiants et élèves pour 2022 a été fixé par l’ancien ministre Didier Guillaume, les emplois administratifs et techniques des établissements agricoles continuent d’être supprimés. En 2021, le PLF prévoit ainsi la suppression de 80 ETP puis 110 ETP en 2022, obligeant depuis la rentrée de 2019 à augmenter les seuils de dédoublement de classes de 24 à 27 élèves.

Le rapport relève également une conclusion du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAER) sur le manque de moyens conduisant certains établissements agricoles à ne plus proposer aux élèves de terminale l’ensemble des enseignements de spécialité ou à restreindre les options proposées. « Alors que le ministère de l’Agriculture appelle à produire et à transformer autrement, l’enseignement agricole éprouve aujourd’hui toutes les difficultés, par manque de moyens humains, à répondre à cette injonction », souligne le rapport des sénateurs. La commission prévoit ainsi de soutenir un amendement en faveur des MFR.

Alessandra Gambarini