La réforme des outils de gestion des risques en agriculture, assurances multirisques climatiques, fonds national de gestion des risques agricoles (FNGRA, ex-fonds des calamités), financement de la prévention… a pris beaucoup de retard. Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume avait promis des propositions pour le premier trimestre de 2020, il les rendra finalement d’ici au 15 juillet. Et les syndicats sont dans l’attente.

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« Nous attendons une ambition forte »

« Nous attendons des propositions qui montrent une ambition forte sur la politique d’investissement et sur la prévention. Il faut limiter notre exposition aux risques et être compétitif », a réagi Joël Limousin, vice-président de la FNSEA en charge du dossier de la gestion des risques en agriculture.

Interrogé par La France Agricole, il estime que l’État, peut-être avec l’appui des Régions, doit s’engager sur le financement de la prévention. Et de citer le stockage et l’évacuation de l’eau, les filets paragrêle, les systèmes antigel et la recherche et l’innovation sur des espèces qui résisteraient à la canicule.

À très court terme, pour la prochaine campagne de récolte, la FNSEA attend aussi des solutions pour que les assurances multirisques climatiques soient mieux articulées avec le FNGRA, notamment pour les prairies et l’arboriculture.

« Développer une assurance robuste »

Pour l’assurance sur les prairies, Joël Limousin estime que le système d’évaluation des pertes, dit système « airbus », a fait ses preuves, mais qu’il faut absolument allonger la période de calcul de la référence (sur une moyenne olympique calculée sur au moins 8-10 ans) et utiliser les possibilités offertes par le règlement omnibus d’augmenter le taux de subvention à 70 % tout en abaissant la franchise à 20 %.

« Nous devons développer une assurance robuste, avec une vraie transparence des coûts de cotisations et des coûts de fonctionnement. Je ne donne pas un chèque en blanc aux assureurs il faut que cela soit sous contrôle », répond-il à ceux qui voient le système assuranciel comme une subvention aux assureurs.

« La Fédération française de l’assurance (FFA) a également proposé la mise en place d’une caisse coup dur (CRU, caisse de récolte universelle), qui fonctionnerait à partir de 50 % de pertes. Une proposition qui mérite d’être étudiée me semble-t-il », ajoute Joël Limousin.

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Des aléas de plus en plus fréquents

La généralisation de l’assurance privée permettra-t-elle de faire face à la recrudescence des aléas climatiques ? C’est la question que pose la Coordination rurale, qui elle aussi attend des réponses concrètes de la part du ministre. « J’ai du mal à voir vers quoi va s’orienter le ministre, étant donné qu’aucune solution ne fait consensus », s’inquiète Florence Gillotin, agricultrice en charge du dossier de la réforme de la gestion des risques pour le syndicat.

« Je suis déçue, on n’a pas tapé dans le dur concernant l’évolution des montants des cotisations si les déclenchements se font de plus en plus fréquents, poursuit-elle. Certains collègues nous ont fait part d’une augmentation de 10 % de leur prime d’assurance faisant suite à un sinistre. Jusqu’ou va-t-on aller ? », s’interroge-t-elle aussi.

Florence Gillotin craint qu’une plus grande mutualisation à l’échelle du territoire français, comme le préconisent les assureurs, ne soit pas suffisante pour stabiliser les tarifs et rendre l’assurance multirisque climatique plus attractive. « Il y a des éléments tangibles du côté des assureurs, je veux bien croire à leur discours concernant leurs pertes financières, reconnaît-elle. Mais je ne suis pas sûre que le développement du nombre de contrats à l’échelle française permettra de maîtriser les coûts des polices d’assurance. »

« Nous sommes aussi inquiets concernant l’issue de la consultation pour le secteur arboricole, ajoute-t-elle. Je ne suis pas sûre que nous arriverons à régler le problème des cotisations trop élevées. La standardisation des tarifs est très difficile en arboriculture car les chiffres d’affaires à l’hectare sont très disparates, beaucoup de paramètres entre en ligne de compte : les variétés, le mode de commercialisation… »

Concertation biaisée

La Confédération paysanne, de son côté, a réagi le 12 juin, quelques jours avant les annonces du ministre de l’Agriculture, en dénonçant « une concertation biaisée d’entrée ». Le syndicat estime que les assurances privées n’ont pas montré leur efficacité et propose de mettre en place un fonds mutualiste.

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Marie Salset