C’est par une lettre ouverte publiée le 4 décembre 2020 que la Coordination rurale veut interpeller le personnel politique sur la stratégie agricole et environnementale de l’Union européenne, connue sous les noms de Farm to fork (soit de la ferme à la fourchette) ou encore de pacte vert.

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De l’intention à la cohérence

L’intention de cette politique revêt un caractère salutaire aux yeux du syndicat agricole puisqu’il y voit une forme de souveraineté alimentaire qui serait une bonne réaction à la crise sanitaire que nous connaissons.

Mais le syndicat s’inquiète de la cohérence entre ces intentions et la réalité de la politique : « Difficile d’y croire quand, en pleine urgence sanitaire, l’Union européenne vient de terminer les négociations du nouveau traité de libre-échange avec le Mexique et que de nombreux autres traités se préparent en coulisses. »

La Coordination rurale souligne aussi les contradictions internes que contient cette stratégie en cherchant à marier dans un même élan les ambitions agricoles et écologiques : « Des chercheurs français ont réalisé pour la commission agricole du Parlement européen une étude indiquant que si l’on voulait maintenir le niveau d’émissions de gaz à effet de serre, tout en maintenant la production et les niveaux de consommation dans l’Union et en produisant tout en bio, il faudrait soit étendre la superficie agricole totale européenne, soit augmenter les importations agricoles en provenance de pays tiers. »

Pour résoudre ce paradoxe, le syndicat s’attend à « un cadre réglementaire et économique capable de mettre un terme à la concurrence déloyale du libre-échange et de garantir des prix rémunérateurs aux producteurs européens. »

« Vers un chaos irréversible »

Le syndicat ne semble pas avoir pleinement confiance sur ce point : « C’est pourquoi, confrontés à de si sombres prospectives, nous vous demandons instamment de nous informer et de nous rassurer par vos propres études ou, si elles n’existent pas, de les réaliser en urgence pour ne pas entraîner notre pays et l’Union européenne dans un chaos irréversible et d’un coût exorbitant que ce soit sur le plan sanitaire, social, économique ou géopolitique », conclut Bernard Lannes, le président de la Coordination rurale.

Éric Young