Le ministre de l’Agriculture prendra la parole le mardi 11 mai 2021 devant les acteurs des filières avicoles pour faire part de son plan visant à éviter une nouvelle crise d’influenza aviaire hautement pathogène. Mais les mesures qui se négocient pourraient être lourdes de conséquences pour l’élevage plein air traditionnel, ont estimé la Confédération paysanne et le Modef lors d’une conférence de presse le 10 mai.

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Des discussions stériles

Depuis quelques semaines, les acteurs concernés par la crise se réunissent pour contribuer à l’élaboration d’une feuille de route pour la filière. Mais pour Christophe Mesplède, vice-président du Modef, les discussions tournent en rond. « Tous les acteurs défendent leur système économique. Il faut un arbitrage scientifique de l’Anses et de l’État, sinon ces discussions resteront stériles. »

« Les élevages traditionnels ne présentent pas les mêmes risques que les élevages industriels, et doivent de fait être traités différemment », rappellent les syndicats, qui ont proposé une série de mesures visant à éviter une nouvelle crise.

Les annonces de Julien Denormandie sont donc attendues avec inquiétude et impatience. « Nous espérons qu’il ne cédera pas à la pression des industriels de l’agroalimentaire », ajoute Pierre thomas, président du Modef.

La claustration obligatoire, objet de toutes les attentions

La claustration obligatoire des volailles pendant les périodes à risque, y compris pour les petits producteurs qui bénéficiaient jusqu’alors d’une dérogation (1), est notamment au cœur des débats.

Alors que le Cifog, interprofession du foie gras, estime que la pratique de l’élevage en plein air ne sera pas remise en question malgré cette mesure, les deux syndicats s’agacent : ces mesures ne sont pas adaptées aux modèles de production fermière, déplorent-ils.

« Qui plus est, la période à risque de cette année a duré cinq mois, relève Sylvie Cola, porte-parole de la Confédération paysanne du Gers. Et on nous a dit que nous pouvions claustrer nos animaux sans conséquences sur la mention de “plein air”. C’est choquant. C’est un mensonge au consommateur, qui pense acheter un produit de qualité. Et que dire du bien-être animal ? »

L’élevage en plein air est accusé à tort d’avoir accéléré la propagation du virus entre les élevages, déplorent les syndicats. « C’est l’industrialisation et la segmentation de la filière qui fragilise l’élevage. Pas les élevages traditionnels de plein air, en quasi- ou totale autarcie », dénonce Nicolas Giraud, porte-parole de la Confédération paysanne.

Plus d’un tiers des producteurs sont menacés

Si les arguments des deux syndicats ne sont pas pris en compte, « plus d’un tiers des producteurs de volailles pourraient disparaître, emportant avec eux l’élevage traditionnel de plein air », alertent-ils.

Raphaëlle Borget

(1) Pour les exploitations de moins de 3 200 palmipèdes présents simultanément sur la ferme, une dérogation à la claustration peut s’appliquer.