Bien que la fièvre Q soit une maladie largement répandue, seuls 10 % des éleveurs de bovins, ovins ou caprins et 30 % des vétérinaires en France la perçoivent comme une menace. C’est en tout cas ce que révèle une récente étude commandée par le comité fièvre Q (2). Sur le panel d’éleveurs, de vétérinaires et de médecins généralistes interrogés, la majorité a une perception atténuée de l’ampleur et de la gravité de la maladie dans les élevages de ruminants.

« Les résultats de cette enquête ont confirmé la nécessité d’objectiver l’importance du risque zoonotique, de renforcer les connaissances sur la maladie et de favoriser l’accès à des protocoles concertés et simplifiés », souligne Raphaël Guatteo, professeur en médecine bovine à Oniris et coprésident du comité fièvre Q.

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Un risque d’introduction de la maladie considéré comme faible

10 %Des éleveurs jugent le risque d’introduction de la fièvre Q élevé, d’après l’enquête nationale commandée par le comité fièvre Q.

Parmi les vétérinaires sondés, « seuls 30 % d’entre eux estiment le risque de la fièvre Q élevé, analyse Amandine Messina, directrice d’études à Viavoice. Et 30 % des médecins exerçant en zone rurale considèrent que la fièvre Q représente un risque élevé pour la santé. »

Pour les experts, la sous-estimation du risque associé à la fièvre Q est probablement à mettre en relation avec un niveau de connaissances encore hétérogène sur cette maladie.

Inciter davantage les éleveurs à déclarer les avortements

Concernant les symptômes évocateurs de la maladie chez l’animal, moins d’un éleveur sur deux sait que l’avortement est le principal signe attribuable à la fièvre Q. Or, « la mise en place de mesures de biosécurité passe par un diagnostic solide », rappelle Éric Collin, président de la commission épidémiologique de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV).

La recherche des causes d’avortements en série participe par ailleurs au renforcement de la surveillance de l’ensemble des maladies abortives, en favorisant le processus de déclaration obligatoire des avortements. « Cette démarche est en partie financée par l’État dans le cadre du suivi sanitaire de la brucellose », conforte Kristel Gache, épidémiologiste chez GDS France, qui identifie le financement du diagnostic comme un des principaux freins pour les éleveurs.

La complexité du diagnostic est un autre point soulevé par les praticiens (choix des animaux, non-conformité des prélèvements…). Par ailleurs, la vaccination est envisagée comme une solution d’urgence plutôt que de prévention : 45 % des vétérinaires la prescrivent lorsqu’il y a des cas cliniques dans l’élevage et 43 % si l’élevage a été testé positif.

Harmoniser le degré de connaissances

D’où la volonté de « former et informer les professionnels sur les impacts de la maladie et sur les modalités de son diagnostic », poursuit Raphaël Guatteo. Le spécialiste insiste également sur la nécessité de « travailler en étroite collaboration avec la sphère médicale pour une déclinaison opérationnelle du principe One Health ».

Pour ce faire, le comité fièvre Q compte mettre à disposition des éleveurs et des praticiens une série de fiches pédagogiques accessibles à partir de juin sur un site internet spécifique.

Lucie Pouchard

(1) Estimation de la fréquence de la fièvre Q dans les troupeaux d’ovins, de caprins et de bovins en France : résultats d’une étude portée de 2012 à 2015 sur la séroprévalence de la fièvre Q et le niveau d’excrétion de Coxiella burnetii dans les épisodes abortifs.

(2) Étude Viavoice réalisée du 7 septembre au 1er octobre 2020 auprès de 375 éleveurs dispersés par région et taille de troupeaux bovins, ovins et caprins, 100 vétérinaires et 100 médecins généralistes issus de zones inférieures à 20 000 habitants.

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