Combien y a-t-il de loups en France ? C’est une question à 30 millions d’euros. C’est-à-dire, à la louche, ce que coûte chaque année le prédateur aux finances publiques, sans parler des neuf millions déboursés par les éleveurs eux-mêmes.

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« L’OFB ment ! »

La réponse des pouvoirs publics laisse à désirer : entre 414 et 834 individus. Une manière d’avouer que la méthode de comptage de l’Office français de la biodiversité (OFB) est peu fiable. « L’OFB ment ! », martèle Christiane Lambert, qui était vendredi en Savoie pour rencontrer des représentants professionnels confrontés au problème. Dans ce département, 456 attaques avaient été signalées au 15 octobre depuis janvier (420 l’an dernier à la même date). Elles avaient fait 1 012 victimes, dont 10 % de bovins — avec un pic lors des vêlages.

De ses échanges avec la Fédération de la chasse, la présidente de la FNSEA ressort confortée dans sa conviction que le nombre de loups est plus proche de 1 200 que de 624, le chiffre retenu par l’OFB. « Les chasseurs, nombreux à sillonner la campagne, ont les moyens de compter les loups commune par commune, canton par canton, et de les confronter aux chiffres de l’OFB », soutient Christiane Lambert.

Comptage contradictoire

Ce comptage contradictoire réclamé par la profession pourrait enfin être autorisé. « Le ministre de l’Agriculture, que l’on a vu hier au congrès des élus de la montagne, a conscience du problème de comptage : il semble acté que la méthodologie sera revue », indique Bernard Mogenet, président de la FDSEA des Savoies.

En plus d’adapter les prélèvements aux effectifs réels, le comptage est essentiel pour adapter la protection. « Avoir un ou deux chiens en face d’une meute ne sert à rien », illustre Justine Fusi, administratrice de JA et éleveuse en Haute-Savoie. La révision probable de la méthode de comptage, même si aucun calendrier n’est annoncé, est donc une bonne nouvelle. Même si elle risque d’être compliquée par « des actes d’écologistes radicaux qui demandent à leurs sympathisants de détruire les pièges photographiques et les indices de présence du loup », affirme Michèle Boudoin, présidente de la Fédération nationale ovine.

Plus aucun éleveur au tribunal

Une seconde piste semble sur le point de se décanter : la révision du statut du chien de protection. « Plus aucun éleveur ne doit se retrouver au tribunal pour répondre du comportement d’un chien qu’on lui a imposé », reprend la patronne de la FNSEA. « La responsabilité pénale doit être partagée, mais cela demandera un gros travail juridique car cinq codes devraient être modifiés », complète Bernard Mogenet.

Si cette révision est nécessaire, elle ne réglera pas tout. « Même en ayant la loi de son côté, l’éleveur subit une énorme pression à cause de ses chiens qui aboient et coursent les passants : quand on reçoit plusieurs fois par jour des plaintes de ses voisins ou des passants, on n’en peut plus », soulignait Cédric Laboret, président de la chambre d’agriculture des Savoies.

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Un rendez-vous avec Jean Castex

Un rendez-vous entre la FNSEA et le Premier ministre Jean Castex est prévu dans dix jours. « Pour être mieux entendus, on ira avec des éleveurs de son département chéri, les Pyrénées-Orientales, qui sont aussi confrontés à de la prédation », glisse Christiane Lambert. Car la prédation ne touche pas que les Alpes, et ne concerne pas que le loup : « On n’oublie pas les ours, les lynx, les vautours… »

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Bérengère Lafeuille