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La production laitière française décroche

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Observatoire des marchés - La production laitière française décroche
Le recul de la collecte laitière est particulièrement marqué sur la façade ouest de la France. © Cédric Faimali/GFA

Dans l’Hexagone, le reflux de la collecte de lait de vache se confirme, fruit de marges réduites et d’un cheptel qui s’étiole.

Pour le troisième mois consécutif, la collecte française de lait s’est repliée en novembre 2021, inférieure de 2,7 % par rapport à novembre 2020. Cette tendance s’est amorcée lors du « net décrochage observé en septembre, qui coïncide avec le passage aux rations hivernales, plus dépendantes des compléments azotés, que beaucoup d’éleveurs rationnent actuellement en raison de leur prix », analyse l’Institut de l’élevage (Idele).

D’après Agreste, le service de la statistique du ministère de l’Agriculture, la baisse de la production touche toutes les régions françaises. Elle est particulièrement marquée dans le Nord-Picardie (- 4,9 % par rapport à novembre 2020), dans le Sud-Est (- 5,7 %) et le Sud-Ouest (- 5,5 %). Dans le Grand Ouest et la Normandie, les deux plus grands bassins laitiers français, le recul de la collecte s’établit respectivement à 1,3 et 2 %.

La baisse des marges en élevage est une première explication. « Cela a joué en faveur d’une gestion encore plus fine, notamment pour limiter le coût alimentaire. Le potentiel laitier des animaux n’a donc pas été pleinement exprimé », expose Gérard You, chef du service économie des filières à l’Idele. Car depuis de longs mois, les charges s’envolent. En novembre dernier, les « flambées les plus spectaculaires » concernaient le prix de l’énergie (+ 31 %/2020) et surtout des engrais (+ 80 %), indique l’Idele. Celui des aliments s’est également apprécié de 10 % sur un an.

En face de ces charges, le prix du lait standard moyen (conventionnel, bio et AOP) s’élevait à 373 €/1 000 l, en baisse de 4 € sur un mois, mais en progression de 26 € sur un an. L’indice de marge laitière Milc, qui s’établissait 102 €/1 000 l en novembre 2021, est en très légère progression sur un mois (+ 1 €), en raison d’une meilleure valorisation du coproduit viande. Cependant, il reste en recul de 8 € sur un an glissant et inférieur aux niveaux de 2017, 2018 et 2019.

Déprise dans l’Ouest

En parallèle, le déclin du cheptel laitier, pour la septième année de rang, est aussi une raison plus structurelle du repli de la collecte. En décembre 2021, la France comptait 65 000 têtes de moins par rapport à 2020, soit une baisse de 1,8 %. « Le recul est systématique sur l’ensemble de la façade ouest, et particulièrement prononcé dans trois départements bretons sur quatre », pointe Gérard You. En un an, le Finistère a ainsi perdu 4 200 têtes (- 3,2 %), les Côtes-d’Armor 4 000 têtes (- 2,7 %) et le Morbihan 2 900 têtes (- 2,4 %). « Seuls les principaux départements de la zone comté voient leur cheptel progresser, à l’image du Doubs (+ 0,9 %), et du Jura (+ 0,7 %). »

Pour Loïc Molères, responsable des affaires économiques à l’Association de la transformation laitière française (Atla), « les cours favorables en productions végétales ont aussi précipité certaines cessations d’activité. Le pic de collecte du printemps prochain permettra de mesurer l’ampleur du décrochage, auquel nous prêtons une forte vigilance. »

Vincent Guyot
Le marché des produits industriels sous tension

À 484 €/1 000 litres en décembre 2021, la valorisation beurre/poudre atteint des niveaux inédits. « Les marchés des produits industriels sont très tendus par le recul de la collecte, observe Loïc Molères, de l’Atla. Ils sont fabriqués à partir du lait restant après les fabrications des produits à destination des grandes surfaces, qui sont prioritaires. On assiste, aujourd’hui, à d’importants retards de livraison et même des ruptures pour certains contrats, particulièrement pour le beurre industriel ».

L’écart croissant entre le prix du lait départ ferme et la valorisation beurre/poudre pourrait donc encore se creuser.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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