Le vendredi 4 décembre 2020, les responsables de la ferme dite « des 1 000 vaches », située à Buigny-Saint-Maclou et Drucat, près d’Abbeville dans la Somme, ont annoncé qu’ils allaient cesser le 1er janvier prochain l’activité laitière.

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Cette décision a été causée par divers facteurs défavorables. L’histoire a débuté il y a six ans, quand les exploitants ont obtenu un permis de construire pour une étable de mille vaches et une autorisation d’exploiter pour « seulement 500 vaches ».

La lenteur administrative et le climat délétère mis en cause

« Cela fait six ans que nous attendons une autorisation d’exploiter pour mille vaches et nous ne l’avons jamais eu, se désole une porte-parole de la ferme. Cette lenteur et un certain nombre d’opposants ont créé la polémique autour de la ferme. »

Face à cette polémique, les acteurs de la transformation laitière française sont restés sur la réserve et aucun n’est venu récolter le lait de la ferme. « Nous avons dû nous orienter vers Milcobel, un collecteur belge », explique la porte-parole. Or, ce dernier a annoncé sa volonté de recentrer son activité sur la Belgique.

Un projet pourtant « viable »

« La conjonction tous ces facteurs et le peu de visibilité que nous avons nous ont fait prendre décision arrêter l’activité laitière », résume la porte-parole. Désormais, l’équipe est partagée entre « la déception et la fierté d’avoir montré que cela pouvait fonctionner ». « Nous sommes satisfaits d’avoir montré qu’une autre voie et possible pour le monde agricole », se félicite la porte-parole.

Dans la presse, Novissen, le principal opposant au projet, s’est dit satisfait. « Ils disent qu’ils ont toujours affirmé que ce n’était pas viable, mais c’est faux : c’est viable et c’est important de le dire au milieu agricole. Les éleveurs qui cherchent à se regrouper ont besoin de ça. »

L’activité de la ferme se poursuit

L’activité laitière ne va cependant pas s’arrêter du jour au lendemain. Les vaches vont être progressivement taries grâce à une modification de leur alimentation. Le lait qu’elles produiront sera impropre à la consommation et utilisé pour nourrir les veaux. « Mais une partie du lait sera sans doute jeté », regrette la porte-parole. Les vaches seront ensuite vendues.

La porte-parole de la ferme précise qu’il ne s’agit pas d’un arrêt de l’ensemble des activités de la ferme mais plutôt une réorientation.

« Nous allons continuer à exploiter nos mille hectares de cultures et nous réfléchissons à la suite. Nous allons maintenir l’activité agricole sur le territoire, c’est certain. » Pour le moment, pour les vingt employés, aucun départ n’est prévu. Quant à l’étable des 1 000 vaches, l’équipe songe déjà à sa réorientation.

La confédération paysanne crie victoire

« Le temps nous a donné raison », se félicite la Confédération paysanne, opposée au projet depuis le premier jour. Le syndicat considère la fermeture de l’atelier laitier du site comme une « victoire contre un symbole de l’industrialisation de l’agriculture […] destructeur pour les paysan.ne.s, la vie des territoires et la planète. »

Mais son combat ne s’arrête pas là. « Quid désormais du devenir des terres agricoles de la structure, soit 1000 hectares ? La problématique d’accaparement des terres et des aides Pac est toujours présente alors que l’enjeu d’installer n’a jamais été aussi prégnant », appuie la Confédération paysanne dans un communiqué daté du 7 septembre 2020.

Marie-Astrid Batut