Le numérique, la robotique et la génétique, voici les trois innovations agricoles qu’Emmanuel Macron veut soutenir pour une alimentation « saine, durable et traçable », dans le plan France 2030. Il estime que cette « troisième révolution » est la suite de la « révolution mécanique et chimique » que le monde agricole a déjà vécue.

Le président de la République a annoncé, le 12 octobre 2021, qu’une enveloppe de 2 milliards d’euros serait affectée au secteur agricole, sur les 30 milliards d’euros annoncés tous secteurs confondus. Il entend « accélérer la révolution agricole et agroalimentaire que nous sommes en train de mener ».

« La biodiversité est devenue une denrée rare »

« Ça passe par de l’investissement et des technologies de rupture, dans la robotique agricole pour permettre parfois de sortir de certains pesticides, améliorer la qualité de vie et la productivité, dans la donnée, qui permet une gestion plus fine des productions en fonction des différents aléas et le traçage des aliments, et dans la diversité génétique, pour des productions plus résilientes et plus solides », a plaidé Emmanuel Macron tout en insistant aussi sur « les biosolutions » et « la captation du carbone ».

« Nous avons une transition qui est en train de s’accélérer et le monde est en train de s’accélérer, et c’est certainement l’un des secteurs qui est le plus au confluent de toutes les tensions que j’évoquais tout à l’heure. Il faut nourrir de plus en plus de monde, la biodiversité est devenue une denrée rare alors qu’elle n’avait pas de valeur il y a 10 ans pour beaucoup, et il faut décarboner la production », souligne le Président.

2,8 milliards sur la table

Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture, a précisé, le même jour, l’utilisation des 2 milliards d’euros destinés à l’agriculture, ajoutant que 800 millions seront également débloqués dans le cadre du PIA 4 (programme d’investissement d’avenir n°4) :

  • Pour la révolution du vivant et de la connaissance : 1 milliard d’euros (dont 430 millions du PIA 4) qui financeront des pratiques agroécologiques et des solutions innovantes en lien avec le numérique, l’agrorobotique, la génétique et l’innovation face au changement climatique. Je pense notamment à la production de méthane en élevage, a détaillé le ministre.
  • Pour renforcer les chaînes alimentaires locales pour une alimentation favorable à la santé : 850 millions (dont 450 millions du PAI4) : pour financer par exemple la recherche sur les ferments et microbiote intestinal, et relocaliser et innover dans les territoires.
  • Pour le soutien « aux entrepreneurs du vivant », coopératives, startups, PME et coopératives et pour l’installation des jeunes agriculteurs : 500 millions d’euros en fonds propres. Le ministre a notamment cité le financement d’outils de portage du foncier.
  • Pour la filière du bois et les « nouveaux matériaux au service de la réduction carbone » : 500 millions d’euros.

Cette révolution « répond à cette vision politique de souveraineté » et à deux défis, « celui de la nutrition et celui du carbone », a insisté Julien Denormandie.

Rester compétitif

« La révolution dans laquelle nous sommes, « numérique robotique génétique », c’est celle qui nous permettra de continuer à produire pour nous nourrir en améliorant la qualité de notre alimentation, en améliorant notre compétitivité, et en baissant les émissions de CO2. Si on ne traite qu’un de ces termes, on ne répond pas à la question », a soutenu le chef de l’État.

Il considère que si nous produisons moins, nous importerons davantage « des produits qui sont faits ailleurs sur des standards qui sont moins bons que les nôtres ». Ce n’est pas sans faire penser à un des chevaux de bataille du ministre de l’Agriculture, qui plaide pour que la France porte le sujet de la réciprocité des normes de production au niveau européen.

> À lire aussi : Présidence de l’Union européenne, Julien Denormandie en croisade pour la réciprocité des normes (23/09/2021)

Marie Salset